50 nuances de guimauves

Mercredi 8 février, au sortir d’un joli cinéma Gaumont parisien, deux jeunes femmes regardent un peu perplexes l’affiche de 50 nuances plus sombres sur la devanture du cinéma.

Elsa. T : C’était nul !

Anna. K : Je ne trouve pas.

Intriguée par cette réponse, Elsa. T interroge sa compagne du regard.

Anna. K : C’était aussi mauvais que prévu : ils ont tenu leur promesse. Je ne suis pas déçue.

Ça y’est : c’est le retour d’Anastasia, notre délicate Iphigénie, notre gracieuse Pénélope, notre ingénue Cunégonde, dans les salles de cinéma. Face à elle, l’exaspérant Christian Grey, moins sombre, plus misogyne, et toujours aussi bovin.

Voici notre critique !


Fifty, so fifties

Annakelsat critique le film 50 nuances plus sombres

L’univers E.L.Jamsien (je revendique la maternité du néologisme) me met profondément mal à l’aise : le modèle du couple est rétrograde, assez fifties (sans mauvais jeu de mot). L’homme est beau, riche et dominateur. La femme est jolie, douce, compréhensive, juste assez impertinente (tout est relatif) pour ajouter une dimension Marie-Madeleine. Grey est un avatar d’un Prince Charmant très Disney des premiers temps.

J’ai souvent en tête un épisode de Gilmore Girls (That Damn Donna Reed). Rory et son petit ami Dean se querellent : elle est outrée par son idéal d’épouse modèle, incarnée par la très ringarde Donna Reed… Ca, c’était du féminisme.

 

 

« Je pense que la relation sadomaso, dans ce roman, est une variante de l’hétérosexualité normée, où la répartition des rôles et du pouvoir est claire, mais sous couvert de liberté sexuelle.

L’essence de la domination, c’est de ne pas savoir reconnaître ou nommer ce qui nous fait mal, c’est accepter le point de vue de celui qui nous fait souffrir. Un livre féministe ferait la différence entre violence, souffrance, amour et plaisir, une distinction qui est à la base d’une politique féministe. Mais le message de ce roman est que la violence, l’agression et la souffrance peuvent être des marques d’amour et des sources de plaisir.

Le sadomasochisme introduit le pouvoir et la violence dans les rapports sexuels sous forme de fiction contractuelle. Il continue d’érotiser le pouvoir »

Eva Illouz, Entretien paru dans Le Nouvel Observateur le 2 octobre 2014, « Amour, sexualité, féminisme… que dit le succès de 50 nuances de Grey ? »


Archétypes et clichés

Annakelsat critique le film 50 nuances plus sombres

Anastasia est une fille. Anastasia aime donc les romans d’amour (oui, c’est une fille on vous dit, vous suivez ?). Elle étudie les lettres : elle est donc une fervente admiratrice des sœurs Brontë et de Jane Austen. Son thé préféré ? L’English Breakfast de Twinings… Le thé le plus… Banal du monde ? (Je n’assume pas vraiment cette remarque d’un snobisme outrancier mais il me semble que cette anecdote révèle un manque d’originalité effarant). Bref, Anastasia est un archétype de vierge naïve et fleur bleue.

« Le roman questionne le rôle de la femme, qui apparaît comme soumise. Anastasia est la femme objet par excellence, la gourde, celle qui n’est surtout pas là pour penser mais pour être possédée. Pourquoi cela marche toujours ? Parce que cela renvoie à quelque chose de très primaire en nous, que l’on retrouve dans les fantasmes féminins depuis toujours, où la femme se pose en « réceptacle passif » face à un homme qui serait l’incarnation de la puissance virile non contenue »

« Cinquante nuances de Grey : pourquoi un tel succès ? », Psychologies.com

Par ailleurs, dans ce film, le traitement des tropismes sexuels de Christian pour le « sado-masochisme » est réducteur, dangereusement simplificateur. Sa « différence » est expliquée par une enfance douloureuse, les femmes punies étant des réincarnations d’une mère prostituée et héroïnomane… E.L. James semble avoir survolé le prologue de « La psychologie pour les nuls ». C’est insultant : pour tous les afficionados du BDSM, pour l’intelligence de tous les spectateurs en général.

« Une relation BDSM saine ne tolère pas le viol conjugal et ne le justifie pas ! Ce n’est pas une pratique ! La domination est une pratique fondée sur l’accord, sur le respect. Ça ne dure pas en permanence : c’est un jeu de rôle. Dans le roman, les exemples de violences sont innombrables : Grey la force, Grey la viole, Grey l’oublie après l’acte, Grey ne la soigne pas après avoir outrepassé les limites, Grey la laisse seule, Grey la maltraite, Grey l’isole, Grey est un monstre. Anna est une victime de violences conjugales »

« Ce n’est pas et ça ne sera jamais du BDSM. C’est une histoire d’abus sur laquelle des tas de gens fantasment par méconnaissance. Ces gens fantasment sur une relation abusive, pas sur du BDSM et c’est pour ça que cette histoire est dangereuse : elle sublime ce qui devrait être pointé du doigt »

« 50 Nuances de Grey et la représentation du BDSM – Témoignages », mademoizelle.com,  11 février 2015

Problème : qui pour juger ce que chacun veut sexuellement ? L’émancipation passe-t-elle par une soumission volontaire ? Comment savoir si le pouvoir n’est pas érotisé ? Ca serait un prolongement du système patriarcal, plus vicieux parce que caché


Symptôme du syndrome Darcy ?

Dans 50 nuances plus sombres, le personnage de Christian interroge les injonctions paradoxales auxquelles sont soumis les « hommes d’aujourd’hui » (j’ai eu envie de vomir en écrivant cette phrase, pardonnez-moi). Supposons que Christian soit le fantasme des « femmes » : il doit être fort, assuré, possessif… et fragile à la fois, sensible, à l’écoute, attentionné.

Annakelsat critique le film 50 nuances plus sombres

Le mouvement d’Austenmania a donné naissance à ce qu’on a pu appeler le « syndrome Darcy » : l’attirance pour des figures très viriles, arrogantes et inaccessibles, qui ne s’ouvrent qu’à une seule femme (la bonne : l’héroïne de l’oeuvre choisie). Un coeur coulant sous une apparence de pierre, en somme. Les variations de Darcy sont infinies : le bad boy, par exemple, est une de ses manifestations. Le Prince Charmant a l’air d’un connard, mais au fond, c’est un gentleman que LA femme doit révéler.


Un second opus qui ne tient pas ses promesses

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=d_zpypHwqns&w=560&h=315]

La bande annonce de 50 nuances plus sombres laissait espérer un deuxième volet… prometteur (si, si je vous assure). L’intrigue se constitue de plusieurs fils narratifs :

– Christian et Anastasia après la rupture.

Une rupture ? Quelle rupture ? Le couple se remet ensemble au bout de quoi… 3 minutes ? Le premier opus s’achevait sur une rupture, le second commence par une scène de retrouvailles.

La réconciliation, par Elsa T.

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Christian stalke Anastasia dans une galerie où il achète toutes les photographies d’elle, de peur que quelqu’un d’autre la regarde. Il l’invite au restaurant, Anastasia désormais autonome et libre accepte parce qu’elle a « vraiment faim ». Un repas à base de quinoa et l’affaire est réglé. Christasia ou Anastasian (je ne sais pas comment ils se font appeler ces jours-ci), sont de nouveau ensembles.

– Elena Lincoln, le mentor de Christian

Annakelsat critique le film 50 nuances plus sombres

Dans 50 nuances plus sombres, nous rencontrons enfin Elena Lincoln alias « Mrs. Robinson », l’amie des parents de Christian, qui a initié le jeune homme aux pratiques SM. Elena Lincoln est incarnée par l’ancienne James bond girl Kim Basinger, ce qui laissait espérer un très bon développement. Les promesses ne sont pas tenues. Très vite (dans les 15 premières minutes du film), le premier face à face à lieu… dans le salon de coiffure de la cougar. Le très prévenant Christian a cru bon d’emmener Anastasia se coiffer chez Elena (la délicatesse de cet homme ne connaît pas de limites). La séquence ne dure pas plus de deux minutes : Anastasia sort énervée. Nous aperçevons Christian parler à Elena (sans l’entendre) puis il sort rattraper sa bien-aimée et s’excuse. Fin de l’épisode.

Le second face à face n’est pas plus intense, malgré la retentissante claque que la mère de Christian assène à son ancienne amie. Les rencontres ont été trop rapides, pas assez intenses pour créer un quelconque effet. Elena ne parvient pas à s’imposer comme la rivale d’Anastasia ou même comme obstacle au couple Christan-Anastasia.

Anna K., honteuse :

– À quel point suis-je un humain affreux, totalement superficiel, si je signale que l’aspect de Kim Basinger était celui d’une statue de cire ?

Puis, en gloussant :

– Alerte ! Le musée Grévin aimerait récupérer son oeuvre !

– Comment s’appelle t-il ? Que fait-il là?

Tout à fait, je parle de José. Vous savez, le meilleur ami d’Anastasia qu’on soupçonne d’être amoureux d’elle ? Eh bien, il est toujours là dans ce film (je ne suis pas encore sûre de savoir pourquoi).

Annakelsat critique le film 50 nuances plus sombres

C’est lui qui est à l’initiative de l’exposition où Anastasia se rend au début du film. Ses photos n’ont qu’un sujet unique : son amie. Christian arrive vite pour lui voler la vedette à l’écran (la vedette et la fille, d’ailleurs). On le revoit une seconde fois : il a toujours l’air bien embêté de voir l’Anastasian se reformer… Mais quelle est son utilité dans la trame narrative ? Vous ne savez pas ? Nous non plus.

– Comment s’appelle t-elle ? Que fait-elle là ?

Annakelsat critique le film 50 nuances plus sombres

Dans 50 nuances plus sombres, José a trouvé son pendant féminin : Mademoiselle Jones, la femme de ménage et cuisinière de Christian. Jouée par l’actrice Fay Masterson, cette housekeeper nous apparaît deux fois à l’écran, souriante et séduisante. Elle indique à Anastasia où se trouve Christian. Une apparition gratuite qui peut laisser perplexe : pourquoi lui offrir une (courte) scène alors qu’elle n’a de toute évidence aucun intérêt scénaristique ? Encore une fois, le mystère reste entier. On notera cependant (et c’est la vraie révélation de cet opus) que Mademoiselle Jones semble mal faire son travail : dans le premier opus, Christian empêchait quiconque d’accéder à la « chambre rouge »… une pièce que notre rousse préférée a laissé ouverte dans ce deuxième volet ! Fallait-il voir dans cette porte ouverte le symbole de l’émancipation de Mademoiselle Jones ou la subtile dénonciation des conditions de travail des femmes de ménages ? Je ne suis pas sûre qu’il faille garder Mademoiselle Jones à l’oeil mais qui sait, peut-être que les femmes ont finalement la place pour s’exprimer dans cette saga… ?

– Jack Hyde : toujours pas de rival pour Christian

Le patron d’Anastasia joué par Eric Johnson est un jeune homme d’apparence séduisante. Au début, il est sympathique et charmeur… on se demande s’il va servir à l’élaboration d’une relation triangulaire. Malheureusement, cette idée ne tient pas très longtemps. Nous le reconnaissons au bal masqué, occupé à voler une photographie de Christian (un fétichiste, donc ?). Dans la suite de l’intrigue, Jack menace Anastasia. On craint une scène de viol. Mais elle s’échappe… pour tomber dans les bras de Christian, qui l’attendait (how convenient is it? ).

Annakelsat critique le film 50 nuances plus sombres

Le film tente de présenter Jack Hyde comme étant une menace pour Christian. Dans un dernier plan à l’intensité ridicule, le spectateur aperçoit le patron d’Anastasia brulant la photo dérobée avec sa cigarette. Les méchants de Totally Spies étaient plus effrayants

 

Anna K. (riant en lisant la partie sur Jack Hyde) :

– Je ne me souvenais même plus de lui.

– Une ancienne soumise : un danger (trop) vite identifié

Dans le film, Anastasia se sent suivie et observée par une jeune femme. Le spectateur commence l’enquête, s’emballe : enfin un obstacle inquiétant ! Un obstacle mystérieux… Jusqu’à ce que Christian nous dévoile -bien trop vite- son identité : il s’agit de Leila, une de ses anciennes Soumises, qui s’est échappée d’un hôpital psychiatrique. La confrontation entre les deux femmes a finalement lieu et quand Leila pointe son arme sur Anastasia, la tension naît enfin… Elle est de très courte durée.

Une fois encore, Christian n’est pas loin (un garde du corps plutôt efficace, ce Mr. Grey ou alors ce film se répète beaucoup mais nous n’oserions pas porter cette critique) et remonte pour dominer assez rapidement son ancienne Soumise. Il n’a qu’à parler pour que la jeune femme armée lui obéisse. On découvre les rapports de domination qui liait Christian à ses soumises, ce qui effraie Anastasia. Le traitement de cette peur, encore une fois, est trop rapide. Anastasia s’enfuit de l’appartement, pleure sous la pluie, l’air mélancolique… Avant de  rentrer le soir, prête à s’installer avec Christian.

– L’accident d’hélicoptère de Christian.

Annakelsat critique le film 50 nuances plus sombres

Parfaitement situé dans la trame, l’accident de Christian coïncide au moment où tout semble aller pour le mieux pour le couple (qui n’allait pas vraiment mal, malgré les rapides obstacles qu’on a pu voir plus haut…). L’accident aurait dû constituer le paroxysme narratif, l’acmé de la tension. La famille de Christian et Anastasia, rassemblés dans le salon se rassemblent dans le salon et regardent, angoissés, les informations qui annoncent que l’hélicoptère Grey est introuvable. Cinq minutes plus tard, Christian apparaît. Le spectateur n’a pas le temps de s’inquiéter : le noeud de l’intrigue est déjà résolu.


Bilan soft pour vos amis fans : Il y a dans 50 nuances plus sombres, une véritable esthétique de la porte-ouverte dans ce film. On a un foisonnement d’intrigues lacunaires, tout est dans la suggestion, ce qui est d’autant plus intéressant qu’il s’agit d’une aventure érotique : la subtilité doit être maîtresse quand on aborde ce sujet.

Bilan non-censuré : C’est mauvais. Aucune intrigue n’est exploitée dans 50 nuances plus sombres. La moindre fibre de suspens et de développement psychologique est abandonnée ou gâchée par un traitement bâclé. La représentation du couple, les dynamiques amoureuses sont dangereusement rétrogrades, faussement émancipatrices.


Pépites de la toile

En naviguant sur internet, nous avons ri, pleuré, applaudi en découvrant les différents avis postés par des spectateurs… passionnés. Petit florilège…

« À couper le souffle, à faire battre le coeur… de médiocrité. »

– Newsday

« Un chef-d’oeuvre. Il est encore mieux que le premier. J’ai adoré le premier mais celui-ci est juste parfait. L’histoire d’amour entre Anna et Christian devient normale, et on peut voir enfin le vrai Christian »

– Camille S.

« Qu’est-ce que ces deux personnes voient l’une dans l’autre ? Qu’est-ce qui les lie ? Pour un film sur le bondage, les stars paraissent franchement déconnectées. »

– Newark Star-Ledger

« Je trouve que 50 Nuances Plus Sombres est juste à tombé par terre. Jamie et Dakota vont juste super bien ensembles !!! Lui est tout simplement lui, il est tout autant timide et réservé sur sa nature et son mode de vie mais est à la fois maniaque, dominant, aimant, protecteur, sublime et je pourrais continuée… ❤❤❤ et dans 359 jours la sortie très attentu de Cinquante Nuances Plus Claires qui m’affole rien sûen découvrant déjà des extrait…viteeeeeeee Bisous bisous à tout les amoureux de futur Monsieur et Madame Grey ❤❤❤ » 

– Amandine V.

« Fifty Shades of Grey is romantic only because the guy is a billionaire. If he was living in a trailer it would be a Criminal minds episode »

[50 nuances de grey est romantique seulement parce que le mec est milliardaire. S’il vivait dans une caravane, Christian serait un psychopathe de série B.]

@frxshallure

« Juste parfait !! J’ai hâte de le voir cette amour inconditionnel que Christian à pour Anastasia fais le charme du film et des spectateurs. Car chaque femme aimerais recevoir un amour comme celui-ci »

– Mel L.

« Comme pour le précédent volet, 50 nuances n’a de sombre que sa profonde bêtise. Cinématographiquement immonde, avec son esthétisme publicitaire, le précédent chapitre avait au moins le mérite de faire rire malgré lui. Celui-ci n’étant qu’une suite artificielle encore plus vide que le précédent, l’ennui pointe le bout de son nez assez vite et laisse place à l’agacement »

– Thomas Périllon

 

2 commentaires sur “50 nuances de guimauves

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