Le chemisier de Sibeth

Après avoir écouté une énième interview au sujet du chemisier de Sibeth Ndiaye, cette affaire qui n’est pour moi révélatrice que de la longue liste d’injonctions vestimentaires imposées aux femmes, j’ai décidé de revenir sur les vêtements et les femmes en politique.

Les vêtements des femmes en politique : une longue histoire de “scandales”.

En 1972, un huissier empêche la jeune conseillère politique Michèle Alliot-Marie d’entrer  à l’Assemblée nationale. Pourquoi ? Elle porte un pantalon. Menaçant de l’enlever, Michèle Alliot-Marie finit par entrer.

En 2012, on commentait la robe blanche imprimée de fleurs bleues de Cécile Duflot qui était alors  la ministre de l’Égalité des territoires et du logement. Pour la politique Géraldine Savary, il ne fallait pas être “agressif avec sa féminité.” 

En 2014, alors qu’elle se trouve en pleine audition sur le projet de loi sur la transition énergétique, Ségolène Royale est félicitée par le député UMP Jacques-Alain Bénisti pour son choix vestimentaire : “Vous me permettrez Madame la ministre de vous féliciter pour le choix de la couleur de votre tailleur. Le vert vous va effectivement à merveille!”

En 2018, la robe bleue d’Aurore Bergé sur le plateau d’Ardisson faisait débat. On se demandait si elle était trop courte? Trop décolletée? Pas assez “solennelle” pour Jean-Michel Aphathie.

Au delà des anecdotes

Au delà des anecdotes, il est important de réaliser que la fixation autour du vêtement signal l’ambiguïté du statut de la femme dans la sphère publique. Dans Le deuxième sexe (1949), Simone de Beauvoir disait que la femme était à la fois sujet de sa propre existence et objet du désir masculin.

Et en effet, quand on commente le vêtement des femmes, on renvoie à la corporalité des femmes. On les dépolitise. Au-delà des déclarations très douteuses de Sibeth Ndiaye, on préfère la ridiculiser, l’infantiliser et la dénigrer en s’en prenant à son corps de femme . On l’emprisonne dans son genre parce qu’elle occupe un rôle politique qu’on attendrait plutôt d’un homme en complet. On cache sa formation en philosophie politique et son DESS par des moqueries sur sa coiffure ou son chemisier fleuri.

En plus de s’attaquer à son genre, on fait perdurer un préjugé de classe qui doit jouer en sa défaveur : si on ne porte pas un complet sombre (comme un homme), on n’est pas sérieux. On ne sait pas travailler.

Conclusion

Pour conclure je dirai simplement que la critique des vêtements des femmes -notamment quand elles sont dans des situations de pouvoir- n’est jamais anodine. Comme le dit Francine Pelletier dans sa brillante chronique Le corps d’une femme : 

Le scandale des vêtements à l’Assemblée nationale rappelle comment, malgré 50 ans de progrès pour les femmes, les vieilles notions portant sur la façon dont une femme devrait se comporter ou s’habiller sommeillent toujours en nous. Pour être prise au sérieux, il faudrait qu’une femme ne soit ni trop couverte — comme les femmes voilées, perçues, elles aussi, comme des usurpatrices — ni trop découverte, du moins quand on a la prétention de jouer dans la cour des hommes. Pour le reste, dévêtez-vous au maximum, mesdames, faites arquer vos sourcils et rouler vos paupières, le spectacle est toujours tellement apprécié, mais sachez que votre crédibilité en prendra pour son rhume et que vous serez réduites, dès lors, à la sous-catégorie de femmes-femmes et assimilées en tout ou au moins en partie, à de la chair fraîche.
Voilà les trois grands diktats, toujours en vigueur, visant la femme moderne aujourd’hui.

Francine Pelletier

J’espère que si vous entendez quelqu’un critiquer le chemisier de Sibeth Ndiaye ou la robe d’une autre, vous saurez quoi lui répondre !

Sur ces belles paroles…

Bonnes vacances à tout·e·s !

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