L’invisibilité des lesbiennes dans l’espace public

Les lesbiennes sont quasi absentes des médias. Elles souffrent de ce qu’on pourrait appeler une “double-discrimination” : le sexisme et la lesbophobie et parfois en plus d’être racisée et/ou musulmane. Du coup, alors que la presse propose des magazines gays comme Têtu, la culture lesbienne souffre, elle, d’un réel manque de visibilité. Même sur des sujets qui les concernent directement, comme la Procréation Médicale Assistée, elles sont rarement interrogées : quand on évoque les thématiques LGBTQ+, ce sont majoritairement les hommes gays qui sont invités à s’exprimer.

Le paradoxe du “nous”

« Nous », c’est ce par quoi plusieurs sujets se situent, se limitent, négocient ce qu’ils ont d’identique et de différent, et font de la politique »

Nous, Tristan Garcia

LGBTQ+ est une sigle englobant, un « nous ». À ce titre, on se réfère souvent au sigle LGBTQ+ pour parler d’une “communauté” avec l’idée qu’elle formerait une unité.

En réalité, les oppressions subies par les différents membres de cette “communauté” sont très différentes et il ne faut pas homogénéiser les expériences.

C’est le paradoxe du “nous” qui, pour gagner en puissance, a besoin de regrouper et d’unifier. Pourtant, ce faisant, il fait éclore avec violence un “je” singulier qui ne se reconnait pas entièrement dans un “nous” essentialisant. Le “je” d’une femme lesbienne ou noire qui ne se sent pas représentée dans un mouvement féministe.

En parallèle, Amandine Gay se lance dans l’activisme. Le féminisme, d’abord. Pendant un an et demi, elle milite à Osez le féminisme« Ma plus grande erreur qui fait rire tout le monde », débriefe-t-elle aujourd’hui en rigolant. Sur les combats LGBT notamment, elle ne se retrouve pas dans la ligne de l’asso. « Encore une fois, on n’écoutait pas les concernées. »

Article d’Inès Belgacem pour Streetpress, Amandine Gay ne veut plus qu’on parle à la place des femmes noires.

Que peuvent-être les effets de cette invisibilisation ?

Pour les chercheuses Cattan et Clerval, les lesbiennes n’occupent que très peu de place dans une communauté LGBTQ+ principalement représentée par des hommes (blancs) gays. Le problème : les lesbiennes ont peu d’espace où elles peuvent se voir représenter.

Pour Marie Kirschen, journaliste spécialisée dans les questions féministes et fondatrice de Well Well Well, on parle tellement peu des lesbiennes qu’aussi bien les hétérosexuelles que les lesbiennes connaissent très peu cette culture là.

“Moi je sais que pendant toute la période de mon coming-out, j’ai lu énormément de choses et c’était beaucoup plus sur les hommes que sur les femmes. Je me suis rendue compte que je connaissais beaucoup plus de choses sur les gays (hommes) que sur les femmes. […] J’étais pas capable de citer des noms de femmes lesbiennes qui avaient milité ou écrit… il fallait beaucoup plus creuser”.

Interview du podcast Binge

Les lesbiennes sur internet

Jusqu’en juillet 2019 (Google a changé son algorithme depuis), quand on tapait « lesbienne », sur Google cela renvoyait à des films pornos très souvent critiqués par les militantes féministes qui dénoncent une objectivation du corps féminin.

Capture écran des résultats qu’on obtenait en tapant “lesbienne” sur google avant le changement d’algorithme de Google

Une jeune lesbienne qui voudra se documenter à ce sujet sera donc sans doute rapidement confronter à des images de pénis.

En effet, ces films cultivent une forme de fétichisme où il est permis d’être lesbienne pour le plaisir masculin. Une relation entre deux femmes n’est pas vue comme quelque chose de sérieux.

Le lesbianisme reste associé à des relations platoniques, à un échec de l’hétérosexualité, à un penchant sexuel passager de femmes hétérosexuelles… (Cf : La vie d’Adèle…)

« Entre deux femmes, ce n’est pas vraiment du sexe »
Dans l’imaginaire collectif hétérosexuel, pas de rapport sexuel sans pénis ! Globalement, on n’a «couché» qu’à partir du moment où il y a eu pénétration masculine et de ce fait, pour beaucoup, le plaisir lesbien ne serait qu’une forme d’affection très prononcée. […]


« Le dégoût des hommes »
Des phrases comme […] « Elle n’a pas trouvé celui qu’il lui fallait » ou encore « Avec son physique, pas étonnant » résument à elles seules les pires clichés qu’on puisse entendre sur les lesbiennes. Être lesbienne n’est pas une orientation sexuelle par défaut. On n’est pas lesbienne faute d’avoir trouvé mieux. Notons aussi que dans les exemples précédents, il est toujours question des hommes. Et si, justement, pour une fois, il ne s’agissait pas d’eux ?

Article de l’ASSOCIATION DES JOURNALISTES LESBIENNES, GAYS, BI•E•S ET TRANS

Cet héterosexisme (hétérocentrisme) explique selon la chercheuse Christelle Lebreton pourquoi la plupart des jeunes femmes lesbiennes qu’elle a interrogées ont vécu des relations hétérosexuelles et ont eu un parcours assez long avant de se définir lesbiennes, cette identité étant vue tour à tour comme inexistante ou déviante.

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