Portrait politique #3 : Macron – Le Bienheureux Opportuniste ?

Aujourd’hui : un article politique où nous reviendrons sur le parcours d’Emmanuel Macron, le gagnant des présidentielles françaises de 2017 !


 Un mot pour le décrire ?

L’opportunisme, /ɔpɔʀtynism/, substantif (emploi souvent péjoratif) : attitude consistant à tirer le meilleur parti des circonstances en faisant peu de cas des principes.

Définition proposée par Elsa. T

« Et ils savent combiner, dans leurs discours pompeux, fougueux et nébuleux, l’intransigeance la plus absolue avec l’op­portunisme le plus souple »

Georges Sorel, La Grève prolétarienne, 1908

Ex-secrétaire général adjoint de la présidence de la République auprès de François Hollande en 2012, puis ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique en 2014, Emmanuel Macron quitte son gouvernement en avril 2016, 8 mois avant les primaires du PS. Il crée alors son parti En marche ! et présente sa candidature à la présidence de la République. Crédité de 25% des attentions de votes selon les sondages, il apparaît comme le favori des élections. Il nous semblait nécessaire de brosser à grands traits avant le premier tour le portrait de celui que ses ennemis surnomment « Brutus ».

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Quel est le parcours d’Emmanuel Macron?

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Penchons-nous d’abord sur la formation d’Emmanuel Macron :

  • Bac S obtenu avec mention dans le très élitiste et sélectif lycée parisien Henri IV.
  • Classe préparatoire à Henri IV.
  • Échec au concours d’entrée de l’ENS.
  • DEA de philosophie à Nanterre.

    Sur ses études, la critique est parfois acide : « Il dit qu’il a fait une thèse avec (Etienne) Balibar, il semblerait que Balibar ne s’en souvient pas », sourit Michel Onfray. Le professeur en question trouve « absolument obscène cette mise en scène de sa formation philosophique qu’il organise lui-même ou que son entourage organise »

  • Diplômé de l’IEP de Paris en 2001.
  • En 2002, il milite pour le Mouvement des Citoyens et vote Jean-Pierre Chevènement au premier tour de l’élection présidentielle.
  • Il étudie à l’ENA à Strasbourg (2002 à 2004).
  • En 2004, il intègre le corps de l’Inspection Générale des Finances.
  • En 2006 il rencontre François Hollande et cotise pour le PS.
  • En 2008, il se met en disponibilité de la fonction publique et devient banquier d’affaires.
  • En 2010,  il devient associé du cabinet Rothschild & Cie
  • En 2010, il offre aussi son aide bénévole à la Société des rédacteurs du Monde dans le cadre de la revente du quotidien. Cependant, il semble qu’il avait un rôle d’agent double pour Alain Minc, un dirigeant d’entreprise et politicien… (Le jeune Macron serait-il un traître ?).

« Je suis Adrien de Tricornot, je suis journaliste au Monde. En 2010, le groupe Le Monde avait de grosses difficultés financières et j’étais vice-président de la Société des Rédacteurs du Monde. […] Nous allions perdre le contrôle actionnarial du journal. Il fallait nous entourer de spécialistes : avocats, banquiers d’affaires. […] C’est à ce moment là qu’Emmanuel Macron, jeune banquier chez Rothschild, fait savoir à une journaliste, qu’il est prêt à nous aider « pro bono ». Emmanuel Macron se présente à nous comme un banquier d’affaires qui fait de l’argent, mais n’y trouve pas du sens, membre de la Fondation Jean Jaurès, voulant défendre la liberté de la presse, ancien assistant de Paul Ricoeur… Et donc prêt à nous aider bénévolement.[…] Emmanuel, puisque c’est comme ça qu’on l’appelait à l’époque, devient vite un conseiller important pour nous.[…] Le 3 septembre au matin, nous avions une réunion avec les conseillers de Pierre Bergé [un des futurs repreneurs du Monde], 10 avenue George V. La coïncidence, c’est qu’à la même adresse, il y a les bureaux… d’Alain Minc.[…] Je vois la porte de l’immeuble s’ouvrir. Un petit groupe sort autour d’Alain Minc, pour aller déjeuner ; le dernier à sortir est Emmanuel Macron. Je croise son regard, il me semble qu’il me voit également ; il échange quelques mots avec Minc tout en restant sur le pas de la porte, puis Macron disparaît derrière la porte cochère et ne sort pas »

Comment Macron m’a séduit puis trahi, par Adrien de Tricornot

  • En 2010, il s’engage auprès de François Hollande qu’il « trahira » en 2016.url-2
  • En 2012, il gère et dirige une très grosse négociation (le rachat par Nestlé d’une filiale du groupe pharmaceutique Pfizer). Cette affaire est évaluée à plus de neuf milliards d’euros.
  • Le 15 mai 2012, alors qu’il a réintégré la fonction publique, Emmanuel Macron devient secrétaire général adjoint de l’Élysée.
  • Le 26 août 2014, il est nommé ministre de l’Économie, de l’industrie et du Numérique  en remplacement d’Arnaud Montebourg.
  • Continuant projet de « loi sur la croissance et le pouvoir d’achat » porté par Arnaud Montebourg, Emmanuel Macron présente en décembre 2014, le projet de loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques, aussi appelé « loi Macron », avec l’objectif de « déverrouiller l’économie française ». La loi passe en force, par le recours à l’article 49.3.
  • Le 6 avril 2016, à Amiens -sa ville natale-, il fonde  » En Marche ! », qu’il veut « transpartisan ».

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Elsa T., suspicieuse et amusée : « Tu as vu les initiales de son mouvement, « E.M. »… Exactement comme son nom ! Tu crois que c’est une volonté mégalomaniaque ? »


Les Macronades du ministre

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Photographie de Benoit Tissier/Reuters

La sphère médiatique raffole des petites phrases polémiques que les politiques glisse plus ou moins volontairement… On a relevé pour vous certaines « macronades », selon le mot de Julien Dray.

  • 17 septembre 2014, Emmanuel Macron, évoque sur Europe 1 les salariées des abattoirs Gad, placés en liquidation judiciaire :

    « Il y a dans cette société une majorité de femmes. Il y en a qui sont pour beaucoup des illettrées »

  • 15 octobre 2014, à Bercy, il emploie un lexique assez brutal :

    « Avec la relance des autocars, les pauvres voyageront plus facilement »

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  • 18 février 2015, reçu sur BFM TV après l’adoption de la loi « Macron », Jean-Jacques Bourdin demandait à Emmanuel Macron de se glisser dans la peau d’un chômeur :

    « Si j’étais chômeur, je n’attendrais pas tout de l’autre, j’essaierais de me battre d’abord »

  • 27 mai 2016 à Lunel, à un jeune qui lui dit qu’il n’a pas les moyens de se payer un costume, Emmanuel Macron répond :

« Vous n’allez pas me faire peur avec votre T-shirt, la meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler »

Sur ses « macronades », les théories divergent. Cécile Cordunet, dans le journal Les Échos, formule l’hypothèse de « gaffes intentionnelles ».

« Un nouveau 49.3, une interview philosophique, un début de polémique, tout Macron résumé en un seul jour. La loi qui porte son nom achève son parcours parlementaire, et lui finit de construire son personnage. Celui de bouc-émissaire utile de la gauche, le seul homme susceptible de réunir Mélenchon, Duflot et Cambadélis. Tant pis si c’est contre lui. A moins que ce ne soit tant mieux »

Pour François-Xavier Bellamy, certaines de ses déclarations constituent des « fautes politiques et morales ».

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« Le relativisme omniprésent nous ayant conduit à l’ère de la «post-vérité», la parole publique ne semble plus renvoyer à rien, et dénuée de toute consistance elle perd sa signification. Et dans la campagne que nous vivons pour l’élection présidentielle, Emmanuel Macron semble assumer et incarner cette inconsistance du langage »


Macron en marche pour la présidentielle

C’est le 16 novembre 2016 qu’Emmanuel Macron annonce officiellement sa candidature. Il fait sa déclaration depuis un centre de formation de Bobigny, en Seine-Saint-Denis : « Je veux faire entrer la France dans le XXIe siècle, je veux que mon pays redresse la tête et pour cela retrouver le fil de notre histoire millénaire ». Sa campagne a été rythmée par les déclarations, les alliances, les critiques. Nous avons essayé de rappeler le plus brièvement possible certains de ses épisodes.

Macron VS Bleu Marine : la thématique du vote utile

4073569244Une semaine après l’annonce de sa candidature, Emmanuel Macron publie un livre, Révolution, dans lequel il se pose en rempart face à la montée inexorable du parti  contre l’arrivée du mouvement Bleu Marine.

Ce positionnement entre en coïncidence avec la montée du FN lors des élections départementales de mars 2015 et la crainte évoquée d’un second tour avec Marine Le Pen.

Lors du débat présidentiel sur TF1, le 20 mars 2017, Emmanuel Macron tient son positionnement de rival de Marine Le Pen et cherche l’affrontement avec sa rivale.

  • Quand la candidate du FN l’interpelle :

« S’il vous plaît. Mme Le Pen, vous serez gentille, je ne vous fais pas parler, je n’ai pas besoin d’un ventriloque. Quand j’ai quelque chose à dire, je le dis clairement, c’est mon habitude »

  • Emmanuel Macron à propos du Burkini :

« Le piège dans lequel vous êtes en train de tomber, Mme Le Pen, par vos provocations, c’est de diviser la société. C’est de faire que les plus de 4 millions de Françaises et de Français dont la religion est l’Islam et qui sont, pour la très grande majorité absolument pas dans le communautarisme, d’en faire des ennemis de la République »

  • Une guerre idéologique en somme :

Marine Le Pen : « On ne se présente pas comme la nouveauté quand on ressort des vieilles badernes qui ont au moins 50 ans »

Emmanuel Macron : « Vous ressortez les mensonges qu’on entend depuis 40 ans, et qu’on entendez dans la bouche de votre père »

Le grand débat, BFM TV, 4 avril

La lutte contre le FN est aussi l’argument souvent invoqué par ses soutiens du PS, pour justifier leur engagement :

« Depuis 2002, Thomas vit d’ailleurs chaque élection comme « un calcul arithmétique ». Lui qui avait alors 20 ans a vécu sa première présidentielle comme un « traumatisme ». Droite contre extrême droite au second tour, cet inspecteur du travail de 35 ans ne veut plus jamais revivre ça »

Hamon, Mélenchon ou Macron ? Le casse-tête du vote utile pour les électeurs de gauche, Le Monde, 15/04/17

Des soutiens (gênants) venant du PS

Pour celui qui veut s’affranchir de François Hollande, Emmanuel Macron, qui veut avec « En Marche ! » s’affranchir du clivage gauche-droite, a dû faire face à de nombreux soutiens venant de membres de son ancien parti :

  • Gérard Collomb, « éléphant », sénateur PS du Rhône et maire de Lyon
  • Nicole Bricq, sénatrice de Seine-et-Marne, ancienne ministre du Commerce Extérieur et de l’écologie
  • Richard Ferrand député PS du Finistère, devient le secrétaire général d’En Marche !.
  • Stéphane Travert, député PS de la Manche
  • Bertrand Delanoë
  • Barbara Pompili, secrétaire d’État à la Biodiversité
  •  Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense
  • Manuel Valls, candidat perdant de la primaire du PS en 2017 et ancien Premier ministre.

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« Emmanuel Macron ne souhaite pas qu’on lui colle l’étiquette du sortant, bien qu’il le soit en tant qu’ex-ministre de l’Economie, mais il fait tout pour que les électeurs l’oublient »

Daniel Boy, politologue

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Pour Emmanuel Macron, il s’agit dès lors de conserver l’image de candidat de la rupture qu’il souhaitait porter. Macron s’est ainsi efforcé de rappeler son indépendance. Les piques à l’égard de François Hollande et des soutiens du PS se sont multipliées :

  • Emmanuel Macron « remercie » discrètement Manuel Valls.. en suggérant qu’il ne gouvernera pas nécessairement avec lui.

« Je serai le garant du renouvellement des visages […] et des pratiques »

  • François Hollande est qualifié de « président de l’anecdote » : 

« Je ne prétends pas être un président normal. Je compte être un président qui préside, un président engagé sans jamais être un président de l’anecdote, avec des décisions prises de manière rapide, des chantiers présidentiels suivis de manière prioritaire et un gouvernement qui gouverne »

Le Monde, 4 avril 2017

« Un président de la République, ce n’est pas quelqu’un de normal », affirme Emmanuel Macron, évoquant le discours de campagne de François Hollande en 2012.

France 2, 6 avril 2017

  • Emmanuel Macron assure que François Hollande ne le conseille pas pour sa campagne :

« Je ne lui parle pas. […] J’ai du respect pour l’homme et la fonction, mais il y a eu une rupture quand j’ai quitté le gouvernement, que j’ai monté mon mouvement et que j’ai décidé d’être candidat »

Emmanuel Macron, BFM TV, 12 avril.

Mi-février : faux pas et demi-tours d’emmanuel Macron

ignace_macron_algerie_repentance_pieds_noirs-mpi-e1487411327318Février 2017, Emmanuel Macron connaît sa première période difficile depuis le lancement de sa campagne. Des propos polémiques sur la colonisation – un « crime ­contre l’humanité » – l’ont placé comme cible de la critique. Il finit par s’expliquer dans une vidéo puis s’excuse au cours de son ­meeting à Toulon.

Nouveau faux pas dans L’Obs à la fin d’une interview sur ses goûts littéraires, Emmanuel Macron affirme que durant le quinquennat Hollande, le gouvernement n’a pas su dialoguer avec une partie de la France. Il prend l’exemple ses opposants au mariage gay qui ont été ignorés et « humiliés ». Le lendemain, le journal Les Inrocks titre « Macron prend la défense de la Manif pour tous et revendique de parler avec Zemmour et De Villiers ». Les propos du candidat vont donc souvent être sortis de leur contexte, mal-compris  et déformés. Ces propos déclenchent un tollé sur les réseaux sociaux.

Une fois encore, le candidat fait marche arrière (trait d’humour, vous avez suivi ?) : 

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Il s’est aussi prononcé pour une reconnaissance juridique des enfants nés d’une gestation pour autrui (GPA) à l’étranger, mais pas pour la légalisation de la GPA en France.

En Marche !, le parti de l’argent ?

Du PS au rassemblement Bleu Marine, les adversaires politiques d’Emmanuel Macron n’ont pas manqué de rappeler son passé de banquier en insinuant -avec ou sans fondements- qu’il aurait des liens avec des puissances économiques.

  • François Bayrou avant de se rallier avec Emmanuel Macron, déclarait :

 « Il y a là une tentative qui a déjà été faite plusieurs fois par plusieurs grands intérêts financiers et autres, qui ne se contentent pas d’avoir le pouvoir économique, mais qui veulent avoir le pouvoir politique […] On a déjà essayé plusieurs fois… On a déjà essayé en 2007 avec Nicolas Sarkozy, et ça n’a pas très bien marché. On a essayé en 2012 avec Dominique Strauss-Kahn… Et ce sont les mêmes forces qui veulent réussir avec Macron ce qu’elles ont raté avec Strauss-Kahn […] Je me suis toujours opposé au mélange des genres entre la décision politique, qui doit être d’ordre civique, et le monde des grands intérêts et celui de l’argent […] Il y a la séparation de l’Église et de l’État. Moi je suis pour la séparation de l’État et de l’argent »

François Bayrou, Valeurs actuelles, 25 août 2016

  • Benoît Hamon, à Bercy, le dimanche 19 mars, dénonce « l’emprise de l’argent » sur l’élection présidentielle. « Ils ont le sens des affaires, j’ai le sens de l’État » raille t-il devant ses supporters. Le 17 novembre 2016 déjà, Benoît Hamon exhortait Emmanuel Macron à publier la liste de ses donateurs.

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 « Peu importe s’il est soutenu par des banquiers, des gens très riches. C’est parfaitement son droit, et s’ils ont envie de l’aider qu’ils l’aident! […] L’acte qui démontrerait que lui, il veut être transparent sur l’absence de conflits d’intérêts possibles, c’est rendre publique la liste de ses donateurs »

Benoît Hamon, le 17 novembre 2016 sur BFM TV.

En réponse à ses attaques, Emmanuel Macron, se doit de réaffirmer son indépendance :

« Nous revendiquons 10 300 donateurs à ce jours parmi les dons, 36% sont d’un montant de 5 euros ou moins, 60% sont inférieurs à 60 euros, et enfin seulement 5% sont supérieurs à 1000 euros. Donc autant dire que sur l’accusation de financement par des milliardaires, nous sommes tranquilles »

Benjamin Griveaux porte-parole du mouvement En Marche ! pour Scan.

Ces allégations restent à vérifier : on se souvient que lors de ses deux premiers mois d’existence, En Marche ! avait réuni 400 000 euros avec seulement 1000 donateurs, soit un don moyen de 4000 euros par donateur.

  • Le lundi 17 avril, Emmanuel Macron se livre à une « opération transparence » sur BFM TV :

« L’argent que j’ai gagné dans ma vie, j’ai travaillé pour le gagner. Je n’ai jamais eu de cadeau caché, jamais eu de prébende, j’ai toujours traqué les conflits d’intérêt […] Entre 2009 et 2014, j’ai gagné un peu plus de 3 millions d’euros, j’ai payé 1,4 million d’impôts. Il est resté 1,9 million sur ces six années ». J’ai remboursé des emprunts à hauteur de 500.000 euros, fait pour 100.000 euros de travaux à Paris et 300.000 euros de travaux dans la maison de famille de ma femme »

En mars, l’association Anticor avait saisi la Haute autorité au sujet de la déclaration de patrimoine d’Emmanuel Macron, puis avait reconnu que l’instance n’y avait pas décelé d’éléments problématiques.

Vote utile, méthode Coué et effet Bandwagon ?

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Favori dans ces élections et auto-proclamé pourfendeur du FN, Emmanuel Macron a pu bénéficier de ce que les théoriciens ont nommé « l’effet Bandwagon ». À force de marteler l’idée d’un second tour avec Marine Le Pen, les médias et les équipes de campagne d’En Marche ! ont imposé la candidature d’Emmanuel Macron, comme seul choix possible pour mobiliser les électeurs.

La méthode Coué est une prophétie autoréalisatrice qui tire son nom des travaux du psychologue et pharmacien français Émile Coué de la Châtaigneraie (1857 – 1926). Elle est fondée sur la suggestion et l’autohypnose.

Notice Wikipédia

On pourrait aussi dire qu’à force de répéter une idée, on finit par la croire et l’intégrer jusqu’à la rendre réelle.

Elsa. T.

L’effet de mode ou bandwagon effect, est le phénomène qui provoque l’augmentation d’un comportement, de la consommation d’un bien ou d’un service chez des personnes, alors qu’un grand nombre de personnes ont déjà ce comportement ou utilisent ce bien.
On considère souvent que l’effet de mode est dû à la pression sociale qui conduit les foules à adopter un comportement conforme à celui des autres car leur avis se retrouve légitimé par le fait que d’autres le partage. L’effet de mode peut se révéler insidieux et la norme sociale peut faire pression sur les décisions d’une personne sans qu’elle en soit consciente. Les chercheurs en neurosciences s’interrogent sur cet effet.

Synthèse d’Elsa. T.

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Charlie Hebdo se moque des électeurs de Macron, dont le « suivisme » est matérialisé par la métaphore des moutons

Cette question de la méthode Coué ou en tout cas de l’impact des sondages dans les résultats des élections politiques est une des thématiques récurrentes des sciences politiques :

« Les sciences politiques ont, bien sûr, l’habitude de discourir et théoriser sur le sondage. Bien vite se pose la question de l’impact éventuel des sondages et de leur publication sur le comportement des électeurs. Depuis bien longtemps, l’interrogation suivante – « le sondage fait-il l’élection ? » – surgit à chaque cours dans les amphithéâtres d’études politiques »

« Emmanuel Macron, ou l’effet bandwagon », Atlantico, 6 mars 2017

« La petite musique insinuante du vote utile s’installe à gauche. A mesure que le premier tour approche et que le péril du Front national (FN) grandit, nul doute qu’elle va devenir assourdissante. Le vote utile est le pendant de la prophétie – partiellement auto-réalisatrice – du désastre annoncé de la gauche. Il prospère sur le récit ressassé à longueur de colonnes et de chiffres de la défaite inéluctable, le catastrophisme sondagier faisant foi.

En fatalisant le probable, le vote utile tétanise le débat »

« Le vote utile mine l’utilité même du vote », Le Monde, 3 avril 2017

« J’ai pensé à cette sortie de Philippe Séguin devenue un symbole de la première campagne présidentielle victorieuse de Jacques Chirac, quand l’élu gaulliste refusait à coup d’antiphrases la chronique d’une défaite annoncée : « Le vainqueur a déjà été désigné. […] Ça n’est plus la peine de vous déranger. Circulez, y’a rien à voir! » »

Slate, Le «vote utile», coupable trop parfait de la future défaite du PS.

Les sondages et appels au vote utile contribuent à façonner l’image d’un candidat-rempart, d’un candidat déjà président. À force de répéter que Macron est l’unique alternative, peut-être que le candidat le devient.

Une affaire de timing

En plus de bénéficier d’un possible effet bandwagon auto-réalisateur, il faut souligner certains facteurs qui ont favorisé sa progression. L’indécision de François Hollande tout d’abord, qui a paralysé le PS. Élu aux primaires, Benoît Hamon a été désigné candidat près de huit mois après que la création du parti En Marche !, trois mois après l’officialisation de la candidature d’Emmanuel Macron…

Par ailleurs, Emmanuel Macron et sa politique, qu’il veut « ni de gauche, ni de droite » profite du scandale qui éclate le 25 janvier 2017 concernant le candidat des Républicains : François Fillon. Alors que la droite du parti Les Républicains se déchire, incertaine quant au maintien de la candidature de François Fillon, le 22 février 2017, Emmanuel Macron va bénéficier du soutien de François Bayrou.

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Le président du MoDem, qui avait soutenu Alain Juppé lors des primaires du parti LR, confirme par ce ralliement les ambitions d’Emmanuel Macron : faire cesser le clivage droite-gauche, élargir son électorat, rassembler.


Ma boîte au lettre, son programme

« On se fout des programmes, ce qui importe c’est la vision »

Emmanuel Macron, RTL, 1er décembre 2016

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Il y a quelques jours, nous avons reçu dans nos boîtes aux lettres la profession de foi du candidat Macron. Comme nous avons l’esprit de contradiction et l’âme pragmatique, pour conclure ce long portrait, nous voulions nous intéresser à une poignée de mesures promises dans son programme…

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