Récit personnel : être noire en France

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Je ne saurais pas tout à fait expliquer pourquoi… mais ces deux dernières semaines ont été assez éprouvantes pour moi. J’ai parlé à quelques membres de ma famille et à des ami·e·s et noir·e·s et j’ai été troublée de voir qu’on avait été impacté de la même façon.

J’ai passé deux semaines à osciller entre la tristesse et la colère, voici pourquoi :

Deux semaines : des évènements en cascade

Le 22 mai deux statues à l’effigie de Victor Schoelcher sont déboulonnées en Martinique pour critiquer une propagande empreinte de paternalisme colonialiste.

Le 23 mai 2020, Camelia Jordana disait : “Il y a des milliers de personnes qui ne se sentent pas en sécurité face à un flic, et j’en fais partie. Aujourd’hui j’ai les cheveux défrisés. Quand j’ai les cheveux frisés, je ne me sens pas en sécurité face à un flic en France”.

Le 25 mai, aux Etats-Unis, Derek Chauvin va immobiliser George Floyd menotté, puis écraser son genou contre sa nuque en ignorant les supplications de George Floyd qui manquait d’air et agonisait.

Le 26 mai, en France,  Eric Ciotti (Les Républicains), pour lutter contre le “policier bashing” fait une proposition de loi à l’Assemblée nationale visant à interdire « la diffusion, par quelque moyen que ce soit et quel qu’en soit le support, de l’image des fonctionnaires de la police nationale, de militaires, de policiers municipaux ou d’agents des douanes » sous peine d’une condamnation à 15 000 euros d’amende et un an d’emprisonnement. Les forces de l’ordre doivent être « non identifiables dans l’espace médiatique, y compris sur les réseaux sociaux », dit le texte.

Le 27 mai, en France, une courte vidéo amateure tournée à Neuilly-sur-Marne (Seine-Saint-Denis) et largement relayée sur les réseaux sociaux, montre un jeune homme menotté par les forces de l’ordre. Il reçoit des coups, des insultes, avant d’être plaqué au sol puis brusquement embarqué dans une voiture de police.

Une violence ordinaire

J’ai donc passé deux semaines à voir des messages d’indignation, à voir beaucoup de gens re-découvrir la violence du racisme et chercher des solutions. J’ai aussi beaucoup vu des personnes chercher à expliquer pourquoi leur sentiment de colère était légitime… et ce faisant, j’ai passé deux semaines à revivre des situations de racisme auxquelles j’ai été confrontée… à repenser aux traces de la pensée coloniale dans l’espace politique et médiatique français… à chercher un moyen de m’apaiser.

Parce qu’à chaque fois qu’il y a des phénomènes racistes en France (l’ancien eurodéputé du Rassemblement nationale Bruno Gollnish qui suggère aux manifestants anti-racisme de repartir dans leur “pays d’origine” le 6 juin, la ministre des Outre-mers qui se félicite pendant le confinement que la “solidarité nationale” s’applique AUSSI aux Outre-mers, qu’il y a des violences policières en banlieue, que Cédric Chouviat est mort, que je vais dans un musée et que je ne m’y sens pas représentée, que je feuillette des manuels scolaires et que je ne m’y sens pas représentée…) je ressens cette colère sourde dont j’aimerais pouvoir me débarrasser.

Verbaliser m’a un peu apaisée et j’ai eu envie de partager mon expérience.

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