Site du Grand débat : L’état continue d’imposer ses idées

Le gouvernement a voulu montré que le site du Grand débat national lancé par Emmanuel Macron pourrait permettre aux citoyens d’exprimer leur revendication et qu’il serait un outil neutre et contrôlé, (en lui trouvant un collège de garants indépendants afin d’assurer la « bonne tenue des débats »). Pourtant, naviguer sur cette plateforme offre une autre impression…

Un site au cadrage très  marqué… presque oppressant

En me connectant sur le site internet du grand débat national, je me suis rendue que je pouvais donner mon avis sur des questions aussi larges que celle-ci :

«Afin de réduire le déficit public de la France qui dépense plus qu’elle ne gagne, pensez-vous qu’il faut avant tout réduire la dépense publique, augmenter les impôts, ou faire les deux en même temps ?»

La plateforme n’oriente pas très subtilement les réponses dans un seul sens : les choix politiques du chef de l’État.

 

Les fiches pédagogiques ou quid de l’idéologie libérale ?

Site du grand débat

Tout d’abord, en se rendant sur le le site du grand débat, on trouve des fiches pédagogiques afin de nous aider (si besoin) à connaître le climat économique, social, écologique français. Ainsi, si je vais sur la fiche “fiscalité”, j’apprends que :

“Les finances publiques de la France sont marquées par le niveau de dépense publique le plus élevé des pays développés lorsqu’il est rapporté au produit intérieur brut (PIB)” [et que] “Le taux de prélèvements obligatoires en France s’est élevé à 45,3 % de PIB en 2017. Il est en hausse constante depuis 50 ans et est aujourd’hui le plus élevé des pays riches. Cela signifie que près de la moitié de la richesse produite est prélevée par l’Etat, la sécurité sociale et les collectivités locales”.

Une fois que ce “diagnostic” est dressé, les fiches pédagogiques du site du grand débat vous expliqueront que “les impôts et les prestations assurent une redistribution des revenus”.  Cependant, vous découvrirez que :

 “D’autres pays ont fait le choix d’avoir un système d’assurance maladie ou de retraite public moins généreux ; leurs citoyens reçoivent moins de prestations et paient donc moins d’impôts, de cotisations ou de taxes ; en contrepartie, ils recourent pour leur couverture maladie ou pour leur retraite à des systèmes d’assurance privée auxquels ils cotisent par ailleurs”.

 

Après m’avoir expliqué tout cela, le site du Grand débat poursuit avec la même logique imparable et m’annonce que : “Le poids des impôts et des cotisations sociales est un enjeu pour la compétitivité de l’économie française”.

Après ce petit topo, il semble donc cohérent que le gouvernement souhaite “baisser la dépense publique”, non ? Eh bien, sachez que le gouvernement ne vous ment pas. Le seul problème, c’est que sous couvert de neutralité on vient de vous introduire l’idée libérale sur laquelle se fonde Emmanuel Macron pour sa politique économique.

Des passages d’auto-promotion

Si comme Marianne, on s’intéresse à la rubrique « transition écologique » on obtient un vaste condensé d’auto-promotion. L’Etat profite du thème pour rappeler que « diverses mesures ont été mises en place depuis 18 mois pour accompagner les Français ». Ainsi « passer à un véhicule plus propre et moins coûteux à l’usage, grâce à la prime à la conversion » est présenté comme un « enjeu » du Grand débat. Le site indique que l’on peut obtenir « jusqu’à 5 000 euros d’aide », et redirige vers le site du ministère de la Transition écologique, pour voir « toutes les aides disponibles ». Face à cet énoncé assez flatteur, on peut légitimement se demander si le gouvernement peut vraiment faire mieux que cela…

Les questions associées à cette rubrique sont assez curieuses et on peut légitimement se demander à quoi elles pourront aboutir.

Le site du Grand débat

Retrouvez les fiches pédagogiques du site du Grand débat

Site du grand débat

Si vous pensez que j’exagère, je vous invite avec une point d’excitation à lire vous-même la fiche pédagogique rédigée par le gouvernement sur la fiscalité et à nous faire un retour dans la partie “commentaires”.  Vous lirez seul que « le niveau du coût du travail », parce qu’il est « plus élevé en France que dans de nombreux autres pays développés », « pèse sur l’emploi et sur la compétitivité des entreprises ».  Or, cette affirmation ne fait pas le consensus chez les économistes. En effet, certains (comme Bruno Palier, Clément Carbonnier, Michaël Zemmour ou Julia Cagé) estiment que le coût du travail n’est pas un élément pertinent pour comparer l’économie française à celle de ses voisins… Dans ses fiches pédagogiques, le gouvernement ne ment pas mais livre sa vérité : son idéologie libérale.

Les aficionados de la neutralité finiront-ils par comprendre qu’il n’y a aucune neutralité ? Que toute affirmation repose sur une croyance subjective ? En tout cas la plateforme du Grand débat est un véritable outil de diffusion idéologique.

Les espaces de “discussions” du site

Le site du Grand débat propose deux solutions pour “participer”.

Le questionnaire fermé

La première solution consiste à répondre à un questionnaire fermé, sur l’une des quatre thématiques (transition écologique, fiscalité et dépenses publiques, démocratie et citoyenneté ou organisation de l’état et des servies publiques). À chaque question, une série de réponses est proposée.

“Parmi les dépenses de l’État et des collectivités territoriales, dans quels domaines faut-il avant tout faire des économies ?”. Vous aspiriez à plus de justice fiscale ? Continuez à chercher… ici vous pouvez uniquement choisir si vous souhaitez baisser le budget de la défense, de la sécurité, de l’éducation et de la recherche ou de la transition écologique.

Il n’est question ici que de baisse des dépenses. Conformément au souhait présidentiel, la piste du rétablissement de l’ISF n’est d’ailleurs pas soulevée.

 

“Partager ses propositions”

La deuxième solution consiste à “partager ses propositions”, encore une fois autour des quatre thèmes centraux. Sauf qu’ici aussi, si l’on veut s’exprimer, il faut répondre à une sorte de questionnaire. Certaines questions nous laissent cependant l’espace de personnaliser nos réponses.

Le site du grand débat

 

Conclusion

“Cette plateforme ne permet pas vraiment le débat. Elle est pensée comme une forme de consultation verticale, avec des questions formatées, des contributions individuelles. C’est la version numérique des cahiers de doléance”, estime Stéphanie Wojcik, maître de conférence en sciences de l’information et de la communication.

Bref, le débat 2.0 offert par le gouvernement ne semble pas ouvrir de discussion sur les thèmes proposés. Cependant, elle semble offrir des clefs idéologiques pour permettre aux citoyens de comprendre les propositions et objectifs d’Emmanuel Macron.

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