Juste la fin du monde

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Gaspard Ulliel, Léa Seydoux, Marion Cotillard, Xavier Dolan, Vincent Cassel et Nathalie Baye lors de la présentation du film au Festival de Cannes 2016.

Le pitch

Louis (Gaspard Ulliel) retourne chez lui après douze ans d’absence pour révéler à sa famille sa mort prochaine…

(Elsa. T)

Un film lourd

Un film lourd si on est peu ou pas sensible à l’esthétique de Xavier Dolan.

Moi ? Je crains de ne pas être sensible à l’univers proposé par Xavier Dolan.

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Okay je suis une brute mais il est vrai que les propositions esthétiques de ce réalisateur ne me plaisent  pas : les plans fixes de Xavier, ces zooms, ces choix parfaitement assumés de scènes volontairement trop longues pour susciter un sentiment de malaise chez les spectateur…

En cela c’était réussi : je me suis sentie mal à l’aise, je me suis sentie étouffée comme si un peu de la gêne, de la maladresse, des nons-dit entre ces personnages finissaient par me plomber moi aussi. La fin ouverte qui aurait dû me frustrer m’a soulagé (j’ai pu quitter la salle !).

En regardant ce film, j’ai pensé à Antonin Artaud et à son théâtre de la cruauté : un théâtre qui produirait une « action immédiate et violente », un « théâtre qui nous  réveille : nerfs et cœur », un théâtre qui mettrait à mal le coeur d’une spectatrice aussi naïve et innocente que moi donc, non?

Plaisanterie mise à part, si Xavier Dolan ne s’est pas inspiré d’Artaud pour faire son cinéma, il y a néanmoins une forte place laissée au théâtre dans cette production.

En effet, avant même de savoir qu’il s’agissait de l’adaptation d’une pièce de théâtre du même nom, Juste la fin du monde de Xavier Dolan semble totalement intégrer cet univers : le huis clos, les soliloques des personnages ou les personnages eux-mêmes qui pourraient nous laisser croire qu’ils sont des personnages types (la colère pour le personnage joué par Vincent Cassel, l’hystérie pour Nathalie Baye…). Encore un élément renforçant ma gêne donc : on se situe dans un espace intermédiaire où ce drame familial -l’homophobie sous-jacente dont est victime Louis, la mort imminente du même Louis qui revient au pays et peine à le dire à sa famille qui lui en veut- semble très réel tandis que toutes les scènes, poussées à l’extrême par des personnages -types- excessifs paraissent irréelles.

Une atmosphère lourde dont le dénouement paraît évident à l’image de la première bande originale qu’on entend dans le film : Home is where it hurts (Le foyer c’est là où on souffre) de Music Hole.

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Une atmosphère lourde tout comme les séries d’images que nous propose le réalisateur : l’oiseau qu’enferme le coucou de la cuisine pour symboliser le temps qui passe et qui finit mort, ou la pancarte « besoin de parler ?  » qu’on peut lire sur une route alors que Louis peine à révéler la raison de sa venue. Si certains signes sont très beaux, je ne peux m’empêcher de me demander s’ils servent vraiment le propos ou sont juste parfois là par simple coquetterie.

En conclusion :

Malgré une situation – le drame familial- poignante, des acteurs qui ont joué avec brio leurs rôles de personnages types, je n’ai pas réussi à me laisser embarquer dans l’univers de Dolan et n’y arriverais peut-être jamais. Enfin… On dit que seul les imbéciles ne changent pas d’avis…


Grandir, juste un peu

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On entre dans Juste La Fin du Monde comme dans un bungalow indochinois des romans de Marguerite Duras : il fait lourd, moite, l’atmosphère est suffocante. Les couleurs sont chaudes, les corps transpirants, les gros plans nombreux. Une envie : fuir. Et c’est ça qui est extraordinaire.

Les dialogues sont parfois dissonants, les répliques comme brisées, les personnages se reprennent, s’interrompent : la communication ne passe pas, ou si peu et si mal. Chacun peine à dire, à se dire, à écouter aussi. Et pourtant ils essayent, Louis, Antoine, Catherine, Suzanne et la mère. Ils essayent de se dire qu’ils s’aiment, qu’ils se déçoivent, qu’ils sont désolés, malheureux, qu’ils regrettent. On est immergés au cœur de cette famille, avec ses doutes, ses reproches, ses remords.juste_la_fin_du_monde

Xavier Dolan a un « œil », une patte. Une façon singulière de composer les plans, de dompter la lumière, d’exploiter la Bande-Originale : le plaisir de l’expérience est aussi une jouissance esthétique, plastique. Le réalisateur propose un film oscillant entre un réalisme quasi documentaire et l’onirisme d’un cinéma à la Gondry. Il y a des cadres dans le cadre, de subtils changements de netteté, des plongées inattendues… Le plan-séquence liminaire est emblématique de la créativité de Dolan : comme un mini road-movie avant de pénétrer dans le véritable lieu du huis-clos, la caméra saisit quelques saynètes loufoques, alternant avec des gros plans sur le regard anxieux de son héros et l’image d’une table qui se couvre progressivement de plats. Une manière de pénétrer dans les coulisses d’un repas, d’un film, d’un drame qui s’amorce.

Juste La Fin du Monde plonge le public dans un sentiment de malaise, d’inconfort.

On rit -un peu-, on s’émeut –beaucoup-, on est tendus –tout le temps-. Il me semble qu’ici, une précision s’impose : je ne suis pas masochiste. Mais je trouve bouleversant qu’une œuvre puisse provoquer ce malaise, raconter si bien cette impuissance face à l’indicible. Sortir le spectateur de sa passivité pour le pousser à réfléchir. Et peut-être à grandir, juste un peu.

Anna K.

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