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Monochrome(s) B., 2006, tirage lambda sur diasec, 84,67 x 84, 67 cm, Reynald Drouhin

 

 

Le jour où Anna K. découvrit qu’un bleu n’était pas un bleu

Par un beau vendredi matin de novembre (laissez-moi romancer un peu), Anna K., 11 ans, s’est aperçue que le bleu n’était pas bleu. L’intitulé de l’exercice du cours d’arts plastiques qui a permis ce moment d’épiphanie ? « Composez un collage à partir de différents matériaux d’une même couleur et reproduisez ce collage à la peinture ». Les bleus se teintaient ainsi d’anthracite, de parme, de turquoise, de bordeaux : bleu turquoise, électrique, lavande, bleu Majorelle, outremer… Chaque nuance était du bleu… et n’en était pas.

 

Monochrome(s), une réécriture de Reynald Drouhin

10 ans plus tard, Anna K. découvre, émerveillée, la série Monochrome(s) de Reynald Drouhin. L’artiste explique ainsi son processus de création :

« Je cherche des images bleues sur Google et j’arrête le processus à un moment donné. Sur 400 000 images, j’en ai gardé 10 000. J’ai fait ce travail en 2005. Si je le refaisais aujourd’hui, je n’obtiendrais pas du tout le même bleu, la même dominante. Il serait sans doute beaucoup plus « bleu». »

Extrait de l’interview Magnetic Room : http://www.dailymotion.com/video/x7sk64_reynald-drouhin-artiste-interview-m_creation

Reynald Drouhin compose une mosaïque unique à partir de « tesselles » préexistantes. En exploitant les potentialités des outils numériques, il réinterprète un thème plastique qui a beaucoup inspiré les artistes du XXème siècle : le monochrome. Chaque « tesselle », chaque « bleu » se dissout au sein d’un ensemble qui n’est plus monochromatique. Suivant le principe du hashtag, ces images se rattachent à une thématique commune : il y a donc unité dans la diversité.

L’œuvre est un flux de peintures génératives et aléatoires, les impressions sont donc des saisies d’un instant T. Elles capturent l’éphémère.

 

« Ces monochromes ont une existence internet mais ils se matérialisent dans le réel : le projet ne peut exister qu’en tant que photographie et non pas sur le réseau : on ne peut pas voir 10 000 images sur un écran […] Voir 10 000 images en même temps, il n’y a que la photographie qui permet de faire ça. C’est intéressant ces passerelles : faire sortir le réseau pour le matérialiser plastiquement »

Extrait de l’interview Magnetic Room : http://www.dailymotion.com/video/x7sk64_reynald-drouhin-artiste-interview-m_creation

Un éventail de possibilités : petite sélection de monochromes

« Certains monochromes aspirent à la beauté, les autres au sublime, d’autres encore relèvent du spiritualisme, du matérialisme, de l’ironie ou du désespoir. Il en est de toutes les couleurs, et encore des blanches, des noires. On en rencontre des petits et des grands, des lisses et des fripés, des rugueux, des chaotiques, des brillants, des mats et des satinés. Ils peuvent être peints à l’huile, à l’acrylique, à la détrempe, avec un pinceau, une brosse, un rouleau ou un pistolet. Bref, il en est de toutes sortes, et le genre, si étroit qu’il paraisse a priori, n’en offre pas moins d’inépuisables possibilités d’invention aux artistes imaginatifs qui mettent ainsi à l’épreuve la sagacité des commentateurs. »

Denys RIOUT, « MONOCHROME, peinture », Encyclopædia Universalis

 

Pour en savoir plus

 

 

 

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