Synopsis

Accompagnée par une jolie mention « interdit au moins de 12 ans », voilà ce qu’on peut lire sur le site d’AlloCiné :

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Corée. Années 30, pendant la colonisation japonaise. Une jeune femme (Sookee) est engagée comme servante d’une riche japonaise (Hideko), vivant recluse dans un immense manoir sous la coupe d’un oncle tyrannique. Mais Sookee a un secret. Avec l’aide d’un escroc se faisant passer pour un comte japonais, ils ont d’autres plans pour Hideko…

Synopsis d’AlloCiné

Un synopsis court et mystérieux pour une intrigue complexe, qui se déploie progressivement.

Mademoiselle, c’est un peu Ocean Eleven. Et du sexe. Du sexe, de la tension sexuelle, des récits sur le sexe… Mais pas seulement.

Revenons sur ce film qui a charmé Anna. K et a laissé Elsa T. hésitante mais sur lequel il y'a beaucoup à dire.

Le casting

Brève présentation des personnages pour qu’on puisse s’y retrouver :

  • « Mademoiselle » Hideko : noble japonaise riche héritière qui suscite les convoitises. Tout le monde la pense ingénue.
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Kim Min-hee
  • Sookee : jeune arnaqueuse coréenne qui vient escroquer « Mademoiselle », suivant la demande du faux comte.
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Kim Tae-ri
  • Le faux comte : escroc coréen qui veut épouser « Mademoiselle » pour sa fortune en requière l’aide de Sookee. Il joue un double -triple ?- jeu.
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Ha Jeong-woo
  • Kouzuki : le « bibliomaniaque » oncle de Mademoiselle, qui veut l’épouser pour récupérer sa fortune. Il exploite sa nièce pour vendre des livres érotiques.
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Jo Jin-woong

« Hentai », késako ?

La définition

Le « hentai », qui signifie « pervers » comporte des scènes pornographiques parfois anormales. On y retrouve souvent des parodies de séries populaires mais également des récits totalement originaux et bien construits.

Définition d’un site dédié au manga

Le mot « hentai » signifie littéralement « perversion », « anormalité » ou « métamorphose » en japonais. Même s’il peut servir à qualifier des comportements comme le sadisme ou l’inceste, ce mot en lui-même n’a pas nécessairement de connotation sexuelle. Familièrement, ce mot est utilisé pour dire « pervers » ou « bizarroïde ». 

Définition Wikipédia

Vous voilà un peu au fait de ce genre si particulier, commençons !

Dans le film

Le sexe a une place centrale dans Mademoiselle. Comme la team AnnaKelsat n’est pas connue pour ça subtilité, nous aborderons notre critique par là.

Au centre de tous les fantasmes : la riche Hideko qui cristallise l’Envie (avec un « E » majuscule).

  • L’envie physique d’abord : tous les personnages s’accordent sur sa beauté, Hideko est « magnifique »
  • Envie matérielle : envie de posséder son corps pour posséder son patrimoine
  • Il y a enfin une envie plus insidieuse et perverse : une envie de dominer. Hideko, personnage virginal et froid attise chez les personnages masculins un désir de domination, de possession souvent brutale. Son oncle l’humilie, le Comte veut l’initier à tous les plaisirs…

Mais il n’y a pas que les hommes qui s’intéressent à Hideko… C’est à travers le prisme de Sookee, engagée pour être sa femme de chambre, que nous allons d’abord découvrir une Hideko fragile et ingénue.

Ainsi très vite, Hideko commence son « apprentissage », qui va déployer en 4 temps à l’écran :

  • Une tension sexuelle graduelle (qui passe par des gestes fébriles, des jeux de regards d’abord timides puis de plus en plus affirmés, la nudité de plus en plus prégnante d’Hideko ou Sookee, autant d’éléments qui sont très bien capturés par une caméra qui semble « trembler », comme pour mimer la fébrilité des personnages)
  • Des ébauches d’actes charnels (des gestes ambigus : on pense par exemple à Sookee passant sa main dans la bouche d’Hideko).

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  • Des scènes de sexe explicites
  • Une sexualité médiatisée par les récits (Hideko fait la lecture de textes érotiques à un public attentif et émoustillé ou l’insistance de l’oncle qui veut absolument que l’escroc (le faux comte) lui raconte sa nuit de noce avec Hideko).

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    Hideko lit un livre érotique pour les clients de son oncle.

Une narration fragmentée : jouons ensemble au Cluedo !

Mais Mademoiselle, c’est aussi une esthétique à la Ozu et un souffle à la Tarantino.

Le découpage en chapitres rappelle The Hateful Eight ou Kill Bill. Le scénario jouissif (le jeu de mot n’était pas volontaire) surprend, étonne, inquiète. Chaque nouveau chapitre invite à une réinterprétation rétrospective. Les détails disséminés qui dissonaient prennent au chapitre suivant une toute autre résonnance… La narration adopte tour à tour les points de vue de Sookee, Hideko et du faux comte, le spectateur glane alors les indices pour saisir l’intrigue et traquer les véritables manipulateurs…



Filmer un conte

Il règne pendant 167 minutes une atmosphère irréelle de conte inquiétant et exotique. Les plans sont soignés, utilisant parfois la caméra à l’épaule pour une scène dont les mouvements sont frénétiques, parfois un travelling très rapide pour introduire un personnage en contre-plongée. Plastiquement, tout a la perfection de la peau lisse de Sookee et d’Hideko. Park Chan-wook compose un grand nombre de ses plans de façon symétrique, comme dans le cinéma d’Ozu ou celui de Wes Anderson. Les effets sont volontairement très appuyés, ce qui contribue à un effet de chimère : l’univers de Mademoiselle est un huis clos presque hors du temps.


Une libération de la femme

Dans cette Corée de 1930, une femme ne peut vivre seule sans la tutelle d’un parent masculin ou d’un mari et l’indépendance, la froideur hautaine, la beauté et la richesse d’Hideko pourraient se révéler bien dangereuses si notre héroïne n’était pas aussi candide… Mais l’est-elle vraiment ?

[Spoiler alert]

Non.

Elle n’est pas l’écervelée beauté que les hommes -de l’histoire- et les spectateurs s’imaginent au début. Et c’est là que le film finit par prendre une dimension toute différente pour devenir le récit de l’émancipation de deux femmes (après tout « Who run the world ? Girls !« ) qui vont duper les hommes qui les emprisonnent pour échapper à leur joug. Hideko et Sookee deviennent ainsi des Judith (la meurtrière d’Holopherne) qui infligent une castration symbolique à leurs geôliers.

« Hideko incarne les femmes soumises au regard des hommes, et le film est l’histoire de l’affranchissement de cette domination.

Pour la première fois, j’ai voulu raconter une histoire de libération, d’une quête de plaisir féminin, de solidarité entre femmes. »

Park Chan-wook, Le Monde, 31/10/2016,
« J’ai voulu raconter une quête du plaisir féminin »


Conclusion

Mademoiselle est un film subtil, qui prend son temps pour faire haleter ses spectateurs avant de libérer ses personnages (blague sexuelle assumée).

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(2 commentaires)

  1. Typiquement le genre de films que j’ai commencé sans avoir aucune idée de là où je mettais les pieds et franchement… Je ne regrette pas. Rien que pour la beauté des images (l’ambiance de conte onirique dont vous parlez dans l’article) et le « twist » final dont je ne me doutais pas jusqu’à ce qu’il me saute aux yeux et à la gorge, Mademoiselle vaut le coup d’œil.

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