Sing Street, c’est officiellement le film le plus rafraîchissant du mois.

Alors qu’on se plaignait de n’avoir aucune comédie à regarder en ce moment, ce petit bijou est sorti en France le 26 octobre 2016. On aime, on vous en parle !

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La bande de Sing Street

Synopsis

Le film se déroule dans l’Irlande des années 80. Conor, adolescent chétif dont les parents sont en pleine crise financière, est envoyé dans une école catholique violente (mais gratuite). Très vite marginalisé, stressé par la vie familiale (avec des parents proches du divorce), Conor décide de monter un groupe pour séduire la fille qui vit en face de son école. Quitte à s’attirer un peu plus les foudres de ses camarades…

Vous voilà briefés « Let’s rock »! (okay… Je suis mal à l’aise : je suis trop ringarde).


La musique, bouffée d’oxygène dans un univers de l’enfermement

L’intrigue de Sing Street se déploie dans des espaces clos. Avant même le générique initial, le spectateur est invité dans la chambre de Conor, d’où l’on perçoit les cris d’un couple parental en train de se déliter. Conor, le dos appuyé contre son mur, pince quelques cordes de sa guitare, chantant certaines des piques les plus violentes de ses parents pour les intégrer à une ébauche de ballade.

« Familles, je vous hais ! Foyers clos ; portes refermées ; possessions jalouses du bonheur »

André Gide

Autre espace clos : l’école catholique. Une brute épaisse, un bully, vient agresser notre héros dès son arrivée en l’enfermant dans les toilettes. Cette brutalité d’un « camarade » est relayée par une violence qui va être incarnée par les cadres-même de l’institution : le proviseur veut absolument que Conor se conforme à ses codes vestimentaires rigides en portant des chaussures noires. La situation financière critique des parents conduit à une scène d’humiliation : Conor est contraint de marcher en chaussettes dans les couloirs et les flaques de la cour. Dans ces espaces clos étouffants, Raphina et la musique grâce à elle pénètre comme une bouffée d’air frais. La fièvre du rock n’ roll libère notre héros qui grandit sous nos yeux. Changements capillaires d’abord, maquillage à la Bowie, chaussures marrons repeintes en noires, affrontement avec le caïd du début, Conor se rebelle, s’affirme, malgré une violence redoublée d’un proviseur qui manque de le noyer pour le démaquiller. Et de le violer (pour être à la hauteur de la… réputation de l’église catholique ?).

La chambre du talentueux Eamon n’est pas un énième espace étouffant et menaçant. C’est un lieu de création où les spectateurs assistent en live à l’élaboration d’un morceau, témoins privilégiés d’une synergie amicale et musicale. Comme dans l’émission « Ma Vie d’artiste », où le public était plongé dans l’atelier de dessinateur Jul ou dans les coulisses de l’Opéra de Paris avec la danseuse étoile Laetitia Pujol.

Extrait de cette scène de création (avec un sous-titre en thaïlandais, why not ?)

La musique permet à Conor de s’exprimer. Verbaliser son amour pour Raphina mais aussi sa colère envers le personnage du proviseur ou celui du bully, son désir d’assumer sa différence. Mais sa musique lui permet aussi (surtout ?) d’aller à rencontre de l’Autre.

L’autre s’incarne dans la petite frimousse rousse de Darren, premier complice qui permet à Conor de rencontrer les autres membres de son groupe.

L’autre, c’est aussi celle qui cristallise les désirs, l’exotisme et la féminité : Raphina, qui s’avère bien plus fragile et fascinante que prévu. Elle est la muse de Conor, celle pour qui tout commence.

L’autre, c’est aussi un proche qu’on redécouvre : Brendan, le frère aîné de Conor. Un frère désinvolte et profond, léger et sérieux, insouciant et terrifié (instant Louise Labé, passionnée des antithèses). Incarnation du cool, guide expert du rock, Brendan est paumé. Il a abandonné la fac pour… Il ne sait pas pourquoi. Il ne compose plus, il rêve d’ailleurs, il encourage Conor. Il pose un regard lucide sur son univers, observant sa mère attraper les derniers rayons de soleil en buvant son verre de vin sur le palier en fin d’après-midi, instant de liberté dérisoire. Brendan est une Bérénice (héroïne du roman Aurélien d’Aragon), qui a le goût de l’absolu. À la fin du film, sa silhouette sur le palier évoque la figure maternelle. Tous les personnages de Sing Street n’ont pas accès au bonheur…

« Il y a une passion si dévorante qu’elle ne peut se décrire. Elle mange qui la contemple. Tous ceux qui s’en sont pris à elle s’y sont pris. On ne peut l’essayer, et se reprendre. On frémit de la nommer : c’est le goût de l’absolu […] Qui a le goût de l’absolu renonce par là même à tout bonheur. Quel bonheur résisterait à ce vertige, à cette exigence toujours renouvelée ? Cette machine critique des sentiments, cette vis a tergo du doute, attaque tout ce qui rend l’existence tolérable, tout ce qui fait le climat du cœur. »

Aurélien, Aragon


Sing Street est le récit d’une émancipation, d’un apprentissage : une libération identitaire qui passe par l’altérité. L’altérité, ce sont les amis,  l’amour, les inimitiés, l’autorité, la musique. La vie, en somme. Une invitation à oser, à risquer, à rencontrer, à se découvrir.

You’ve come so far
Now see, you’re cutting all the ties
You’re right, go on
Keep running for your life
Made up your mind, no going back now

Go  Now, Adam Levine for Sing Street

Billet - Sing Street 001.jpg

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