La team Annakelsat s’est rendue au Palais de Justice un jeudi matin glacé de novembre. Après un incident avec un pigeon dont nous ne relaterons pas ici les détails -les deux partis en souffriraient-, nous avons poussé -un peu au hasard-, la porte de la douzième chambre correctionnelle.

Pendant les trois heures de notre visite, trois accusés de violence conjugale se sont succédés à la barre. Récit.

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Carnet d’Axel Pivet, talentueux avocat-croqueur

« Comme dirait un groupe célèbre, les histoires d’amour finissent mal en général »

Avocat de la partie civile

« Prie, c’est mieux. Tu vas souffrir en prison, si tu te fais pas fumer avant ». Après le dépôt de plainte, la victime a envoyé ce message à son ex-compagnon. Les faits remontent au 31 août : devant ses enfants, elle aurait été tirée sur quatre mètres par les cheveux, avant de recevoir un coup qui lui a dévié la mâchoire. Alertée par les cris, la voisine du dessus appelle les secours.

« La balance de la justice ne penche pas en votre faveur, Monsieur », déclare la Procureure de la République. Avec deux certificats médicaux, une expertise attestant de trente jours d’invalidité, deux témoignages du voisinage, les preuves accablent Mr D. La Procureure bosse à grands traits « une photographie de l’histoire de ce couple brisé ». L’accusé prend la parole. Les crachats ? « Je lui parlais de trop près, c’étaient des postillons ». Les insultes quotidiennes ? « C’est elle qui est agressive, c’est d’ailleurs ce que dit le gardien de l’immeuble. Tout ça, c’est pour me voler l’appartement. Elle ment, elle est incohérente ». La victime secoue vigoureusement sa tête. Ses épaules tremblent légèrement. L’accusé sera finalement déclaré coupable : il écope de trois mois de prison avec sursis.

Joute-verbale.jpg
Dessin de Gally Matthias, 2008

« Avec Papa, c’est fini ». Il y a neuf ans, Marzia rencontrait le futur père d’Enzo à Rio. Ils s’installent à Paris trois ans plus tard. Ce quatre septembre, elle lui annonce qu’elle veut divorcer. Le lendemain, elle se présente au commissariat avec un hématome de cinq centimètres de diamètre. « Avez-vous un problème avec l’alcool, Monsieur ? ». L’accusé secoue vigoureusement la tête. Dans sa plaidoirie, l’avocat de la partie civile s’étonne : « Ce n’est pas la victime, ce n’est pas moi, c’est lui même qui l’affirme. Dans une lettre, il écrit : « la boisson, cette merde qui me fait faire n’importe quoi » ». Monsieur répond. Il s’est trouvé au milieu d’une bagarre dans un bar ? « Un hasard. J’étais au mauvais endroit, au mauvais moment ». Quant au bleu, « je ne vous apprends pas, Madame La Juge, qu’on peut aisément se frapper soi même ».

« Dans cette affaire, il n’y a que des peut-être. Et on ne juge pas sur des peut-être »

Avocate de la défense

« Il est toujours difficile de défendre un homme accusé de violence conjugale. Surtout par les temps qui courent ». L’avocate de la défense fait claquer les talons de ses bottes sur le parquet, ménage un long silence. « Je ne viens pas vous plaider une relaxe à mi-mots. Pourquoi la parole de monsieur aurait-elle moins de valeur que celle de madame ? Surtout quand celle-ci est bourrée des clichés de la femme battue ». Tout au long de l’audience, Mr C. a réaffirmé vouloir préserver à tout prix son mariage. « C’est vrai, Monsieur avait une maîtresse mais ça ne veut pas dire qu’il n’aimait pas sa femme. C’est tout le complexe de l’homme. On n’est pas là pour le juger ». La Présidente esquisse un sourire. Elle, qui est là pour juger, a tranché : ça sera deux mois avec sursis assorti d’un stage obligatoire sur la violence faite aux femmes.

Image associée

« Est-ce que je défèque sur le paillasson de sa mère ? ». C’est la dernière affaire de la matinée. Les bancs des avocats sont vides et la victime a la voix qui tremble. Quant à l’accusé, il tourne sans cesse la tête vers la porte. « C’est là que ça se passe monsieur, pas derrière ». Après avoir décrit l’année de violences qui vient de s’écouler, Anna, la victime, conclut : « J’ai peur du coup fatal ». La Procureure prévient : « Vous êtes devant les portes de la prison dans cette procédure, Monsieur ».

« Quand on aime quelqu’un, on ne le frappe pas »

La Juge

« C’est à cause de l’alcool ». La phrase est à peine murmurée. Un téléphone interrompt abruptement le fil du procès. Le gendarme fronce les sourcils. Quand la sonnerie cesse, la Présidente reprend : « Monsieur, l’alcool est une circonstance aggravante ». Le verdict tombe : huit mois avec sursis avec une interdiction de se rendre dans le 14ème arrondissement. « J’ai compris » affirme le coupable. La Présidente lui jette un œil las : « J’espère bien ».

Nous aussi.

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