Loi Blanquer : école de la confiance ou école de la défiance… #4

Loi planquer : devoir d'exemplarité des professeurs

Si lors des manifestations des enseignants vous avez entendu scander « Sois prof et tais-toi », c’est sans doute à cause du contenu de l’article 1 de la loi Blanquer qui porte sur le devoir d’exemplarité. On vous explique tout dans cet article.

École de la confiance ou école du silence ?

Dans sa version initiale, l’article 1 de la loi Blanquer indiquait que : « la qualité du service public de l’éducation dépend de la cohésion de la communauté éducative autour de la transmission de connaissances et de valeurs partagées. Cela signifie, pour les personnels, une exemplarité dans l’exercice de leur fonction et, pour les familles, le respect de l’institution scolaire, dans ses principes comme dans son fonctionnement ». 

Certains enseignants et syndicats ont vu dans ce devoir d’exemplarité une volonté de réduire leur liberté d’expression. C’est avec la même idée, qu’en février 2019, lors de la lecture du texte par l’Assemblée nationale, les trois groupes de gauche ont tenté de faire supprimer l’article.

Un longue histoire de répression

On pourrait considérer que ce texte sur le “devoir d’exemplarité” n’est que symbolique si les syndicats et les professeurs ne parlaient pas de leurs ” collègues ” rappelés à l’ordre pour avoir exprimé leur opposition à la politique éducative…

 Il y a Sébastien Rome, ce directeur convoqué par sa hiérarchie après avoir pris la parole au micro de France Bleu Hérault. On lui a ensuite envoyé une lettre d’admonestation qui a été ajoutée à son dossier de fonctionnaire.

Il y a aussi le cas de cette directrice d’école du Havre, qui a reçu un blâme pour avoir critiqué la loi dans un courriel aux parents d’élèves envoyé avec son adresse professionnelle.

À Nîmes, il y a ces cinq enseignants qui ont été auditionnés pour avoir boycotté le bac blanc en signe de protestation contre la réforme du lycée.  

Il y a eu également les cas de rappel à l’ordre adressés à des professeurs s’étant exprimés sur Twitter.

Si ce type de rappel à l’ordre existe depuis longtemps, (on se souvient des nombreux entretiens et lettres de recadrage reçus par les enseignants du primaire entrés en résistance contre des évaluations d’élèves en 2007-2008 ou du mouvement #pasdevagues à l’automne 2018), on peut penser que ce sentiment de répression continue de s’accroître chez les professeurs.

Être prof’ sous Blanquer

Si ce sentiment augmente, c’est que les professeurs ont reçu leur lot de recommandations sur les programmes et la pédagogie à appliquer selon les différents ministères (celui de Blanquer mais aussi de Najat-vallaud Belkacem avant lui, etc.). Ils ont également reçu des lettres signées “Jean-Michel Blanquer” à la veille des appels à la mobilisation…

Dans certains rectorats, on évoque aussi un « changement de gouvernance ». « Ce n’est pas tant – ou pas seulement – lié au nombre de circulaires envoyées, estime un ancien recteur. C’est surtout [lié à] une façon très directive de mettre l’encadrement (les recteurs, les inspecteurs, etc.) sous pression. » « Chez un ministre qui défend l’autonomie, la déconcentration et la liberté locale, on pouvait s’attendre à une façon de faire moins verticale », glisse un autre recteur.

Des enseignants s’alarment du dirigisme du ministre Jean-Michel Blanquer, article du journal Le Monde.

Des modifications insuffisantes

Si pour Jean-Michel Blanquer, ” l’article ne modifie en rien la liberté d’expression, il rappelle simplement le devoir d’exemplarité des enseignants “, le sénat a jugé bon d’adoucir l’article qui dit désormais  que : “L’engagement et l’exemplarité des personnels de l’éducation nationale confortent leur autorité dans la classe et l’établissement et contribuent au lien de confiance qui unit les élèves et leur famille au service public de l’éducation. Ce lien implique le respect des élèves et de leur famille à l’égard des professeurs, de l’ensemble des personnels et de l’institution scolaire”.

Pour  Frédérique Rolet, secrétaire générale du syndicat enseignant Snes-Fsu, cette modification ne change rien : “Cet article est comme un signal donné aux enseignants, en leur rappelant leur devoir de réserve et en leur sous-entendant qu’ils ne doivent pas critiquer la politique de leur ministre.sont-elles suffisantes alors qu’on sait”. “Cet article introduit un signal politique à peine amoindri par la nouvelle formulation. Il insiste sur les notions d’autorité et d’exemplarité des enseignants et donne un sentiment de suspicion à leur égard » insiste Stéphane Crochet, le secrétaire général du SE-Unsa.

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