Portrait politique #1 : Nicolas Sarkozy “Travailler plus pour gagner plus”

Aujourd’hui, on va parler politique et s’intéresser à un ancien président de la république : Nicolas Sarkozy.


Pourquoi cet article sur Nicolas Sarkozy ?

« Celui qui rencontre le plus de succès dans la vie est celui qui est le mieux informé » disait Benjamin Disraeli.

L’ambitieuse Elsa T. a donc pris en main son succès (et le vôtre à travers cet article, espérons-le). Elle a écouté, lu, visionné, enquêté sur les personnages d’une pièce théâtrale savoureuse et majeure de notre environnement médiatique : la présidentielle de 2017.

Un jour, un portrait. Aujourd’hui : Nicolas Sarkozy.


Quelques mots sur Nicolas Sarkozy

Le 16 mai 2007, un petit homme nerveux entre à l’Elysée. Il est souvent comparé à Napoléon 1er (pour la taille ? -Pardon, c’était petit…-. Pour les excès ?). Du 16 mai 2007 au 15 mai 2012, Nicolas Sarkozy fut le président de la République française. Pourquoi suscite t-il un violent rejet chez beaucoup de médias, de français et même d’anciens alliés ?

Nous tenterons d’esquisser ici quelques réponses…

Un homme complexe : Manipulateur? Héros? Meneur d'homme? Bandit ? Menteur?
Un homme aux multiples visages : manipulateur ? Héros ? Bandit ? Meneur d’hommes ? Menteur ? Brillant homme d’affaires ?

Human Bomb

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Un policier du RAID devant l’école maternelle Charcot, le 14 Mai 1993, à Neuilly-sur-Seine [photo de Thierry Saliou / AFP / Archives]

Pour les non-observateurs de la sphère politique, Nicolas Sarkozy devient une vraie figure médiatique en mai 1993. Alors maire de Neuilly, ministre du budget et porte-parole du gouvernement, il intervient lors d’une prise d’otage de la maternelle de Neuilly par Érick Schmitt, souvent qualifié « d’entrepreneur au chômage dépressif ».

Un documentaire Les hommes du RAID de France 5 est revenu sur cet évènement. L’un des policiers présent au moment des faits raconte que Nicolas Sarkozy s’est improvisé négociateur. Sans se soucier des risques, il est allé dans l’école en déclarant à travers la porte : « Donnez-la moi, il vous en reste 13 des enfants, donnez-la moi cette petite gosse ! […] On peut avoir confiance l’un en l’autre. J’essaie de vous sortir de la panade ».

Le policier du RAID témoigne : « Nicolas Sarkozy mettait une telle pression sur le preneur d’otages, il lui prenait tellement la tête – par des paroles, des actes – que je crois que pour se débarrasser de lui, il a cédé et donné des enfants au compte-goutte ».

Cet évènement sera repris à de nombreuses reprises durant sa campagne électorale de 2007.


Trois grands moments de sa campagne 

  • Dès 2005, la public découvre de plus en plus la figure de Nicolas Sarkozy. Certains sont choqués, d’autres charmés par son vocabulaire… vif -voire agressif-.

En juin 2005, à la Courneuve, il déclare :

« Ceux qui ne respecteront pas la loi, on les tapera durs. Ceux qui veulent s’en sortir, on les aidera fort »

« Dès demain, on va nettoyer au Karcher la cité. On y mettra les effectifs nécessaires et le temps qu’il faudra, mais ça sera nettoyé »

Dix jours plus tard :

« Le terme “nettoyer au Kärcher” est le terme qui s’impose, parce qu’il faut nettoyer cela »

En septembre, il recommence et prône la fermeté pour ceux qui pourraient nuire à la sécurité des français. Il brosse le portrait de sa « cible » :

« En premier lieu les gens du voyage, les jeunes des banlieues, les immigrés illégaux »

En octobre, il dit à un habitant :

« Vous en avez assez, hein, vous avez assez de cette bande de racailles ? Eh bien on va vous en débarrasser »

À la suite de ces déclarations chocs, beaucoup de médias ont dénoncé une stigmatisation des habitants des quartiers « sensibles ». Tous les antillais ne sont pas feignants, tous les asiatiques ne sont pas bons en informatique, tous les nordistes ne sont pas racistes, et tous les jeunes des banlieues ne sont pas des délinquants… or en simplifiant les faits, c’est ce que Nicolas Sarkozy semblait laisser entendre… On peut penser qu’il montrait exagérément et systématiquement les problèmes de violences dans certains endroits dans les banlieues afin d’amplifier un sentiment d’insécurité chez les non-habitants de ces secteurs tout en se présentant comme le seul rempart contre cette violence (qu’il alimentait). 

  • Mais il n’y a pas eu que des propos cinglants. En 2006, il se présente comme étant « le candidat du peuple », un politicien différent qui n’a pas fait l’ENA, celui qui va « rassembler tous les Français ». On retrouve cette idée d’un candidat soucieux des intérêts des français dans son slogan « Travailler plus pour gagner plus » ou la promesse que les salariés gagneraient plus en déclarant leurs heures supplémentaires sans plafond.

Plus coûteuse qu’efficace, la défiscalisation des heures supplémentaires contribue à aggraver chaque année le déficit public. En effet, alors qu’elle génère un manque à gagner estimé à 4,5 milliards d’euros par an pour les caisses de l’Etat, la réforme n’a pas atteint son objectif d’inciter les Français à travailler plus. Comme l’indique le député UMP Jean-Pierre Gorges lui-même, « Il n’y a pas eu d’heures supplémentaires supplémentaires ». Le seul effet de cette réforme a été d’inciter les salariés à déclarer des heures supplémentaires qu’ils effectuaient déjà auparavant mais qu’ils rattrapaient sous forme de RTT ou de primes.

Extrait de l’article “Travailler plus pour gagner plus quatre ans après”

  • Enfin, il ne faut pas oublier le fameux débat qui a opposé Nicolas Sarkozy à sa rivale Ségolène Royal. Ce face-à-face télévisé qui aura retenu près de 20 millions de Français restera gravé pour beaucoup comme le moment de la « grosse colère » de Ségolène Royal face à un Nicolas Sarkozy pondéré et assuré.

Dans cette vidéo, on aperçoit Ségolène Royal, revenant sur un des propos que Nicolas Sarkozy a tenu sur l’accueil des enfants handicapés à l’école. Prise d’une « saine colère », la candidate accuse N.S. d’avoir atteint le summum de l’immoralité politique, reprochant « au gouvernement dont il faisait parti d’avoir supprimé les dispositifs d’aide pour ces enfants ». Calme, un brin moqueur et très infantilisant, Nicolas Sarkozy finit par dire : «  Ne montrez pas du doigt, avec cet index pointé […] pour être président de la République il faut être calme ». Quand elle refuse d’admettre qu’elle s’énerve, il ironise : « qu’est-ce ça doit être quand vous êtes énervée alors ! ».


Une victoire ?

Nicolas Sarkozy est élu président de la République française avec près de 53,06 % des voix exprimées (« exprimées » parce qu’il y a des abstentionnistes et des personnes non inscrites sur les listes électorales… Eh oui !). Personnalité très controversée aujourd’hui, il a su recueillir les votes de près de 19 millions de Français en 2007… Retour sur quelques chiffres-clés.

 -18 983 138 de français ont voté pour Nicolas Sarkozy.

– 16 790 440 votes pour Ségolène Royal.

-7 130 729 d’abstentionnistes…

-1 568 426 de vote blancs ou nuls.

L’abstentionnisme est estimé d’après le nombre de personnes inscrites sur les listes électorales. Or beaucoup de gens ne s’inscrivent pas sur les listes quand elles déménagent et donc ne votent pas, où n’ont pas de domiciliation fixe et ne peuvent pas voter…

L’éloignement du processus électoral concerne 25 % du corps électoral, soit 11 millions d’électeurs potentiels qui ne sont plus inscrits ou qui restent inscrits dans une autre commune que celle de leur résidence.

L’inscription sur les listes électorales est, pour chaque citoyen, une obligation posée par l’article L. 9 du code électoral. L’inscription est automatique à la majorité […] Mais ensuite, dès qu’il y a un changement de domiciliation, la procédure d’inscription est volontaire. Chaque année, La Poste recense près de 3 millions de foyers qui emménagent dans une nouvelle commune et seul un électeur sur cinq se réinscrit dans l’année.

D’après un article tiré du site de l’AMF

Assez de non-votants pour faire la différence. Beaucoup de gens -qui ont la possibilité de voter- refusent de s’exprimer. Problème de pédagogie des gouvernements sur le vote ? Désenchantement ? C’est un problème pour un autre article… Mais on peut déjà s’interroger l’acception du terme de démocratie, quand une si grande part de ses citoyens refusent de faire entendre sa voix.


Premiers jours – premiers faux pas, les débuts d’une présidence “bling-bling” ?

-Le dîner au Fouquet’s le soir de son élection

Quelques heures après son élection, N.S. se rend au Fouquet’s Barrière -hôtel de luxe des Champs Élysées-avec Cécilia Sarkozy et des proches alors qu’il est attendu par ses supporters à la Concorde.

Le problème du Fouquet’s Barrière est peut-être plus complexe qu’il n’y paraît : au-delà des prix  (entre 470€ et 1103€ d’après nos recherches), se poserait le problème d’un différent qui oppose l’hôtel et une retraitée (Lina Renault), qui se disputent la propriété du terrain.

Quoiqu’il en soit, dans la presse indignée, on parle du président « bling-bling ».

Surnom qui semble se confirmer dès le lendemain quand NSK décide de partir en « retraite » sur un yacht pour se reposer de sa campagne électorale.

– Les vacances sur le yacht d’un riche homme d’affaire

Tout juste élu et donc fatigué par sa campagne, le nouveau président Nicolas Sarkozy, part se reposer quelques jours avec sa famille (excusez le, c’est un travail éreintant -je ne peux empêcher l’ironie de poindre dans tous mes propos mais on peut comprendre : imaginez vous passer de nombreux mois à voyager partout en France, visiter les circonscriptions pour parler de votre programme, donner des interviews, être suivi par les journalistes, épié, …) . Il part en jet privé, au large de l’île de Malte -destination de milliardaires-, pour se rendre en limousine Mercedes sur le yacht de son ami Vincent Bolloré, un entrepreneur français…

« Le candidat de tous les Français » montrait que loin de rejeter l’argent, le faste, le luxe, il s’y épanouissait. Le candidat du peuple devient président d’une élite.

Plus tard, il s’affichera avec une Rolex au poignet -montre que vous pourrez vous offrir si vous avez quelques 10.000€ sous votre oreiller ou un emploi de pigiste à la Revue des deux Mondes, mais c’est une autre affaire-. Pour le défendre (parfois, nos avocats sont les pires procureurs), le publicitaire Jacques Seguela dira :

« Tout le monde a une Rolex. Si à 50 ans on n’a pas une Rolex, c’est qu’on a quand même raté sa vie »


Encore des faux pas

-Voyant La Princesse de Clèves au programme d’un concours administratif, N.S. dit:

« L’autre jour, je m’amusais […] à regarder le programme du concours d’attaché d’administration. Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d’interroger les concurrents sur La Princesse de Clèves. Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu’elle pensait de La Princesse de Clèves… Imaginez un peu le spectacle ! »

Cette phrase est aussitôt perçue comme une attaque contre le patrimoine littéraire française, tout en expriment un mépris pour les capacités d’une « guichetière ».

Il recommence en 2008 en évoquant :

« La possibilité pour quelqu’un d’assumer sa promotion professionnelle sans […] réciter par cœur La Princesse de Clèves ».

Des enseignants finissent par se révolter contre ces attaques répétées, ces moqueries contre l’inutilité des études littéraires, contre la quête de rentabilité imposée par l’école (avec les notes, les classements mondiaux, les concours et désormais avec un Président qui semble envisager la culture comme une affaire futile) :

 « Nous croyons que sans la complexité, la réflexion et la culture la démocratie est morte », explique Sophie Rabau, maître de conférences à Paris III, organisatrice de la représentation parisienne. « On veut nous obliger à ne nous intéresser qu’à des choses rentables, qui amélioreront la compétitivité française, s’agace Christine, chercheuse à l’Institut national d’études démographiques. Mais ce n’est pas comme cela qu’on fait évoluer une société ! L’université, c’est aussi le lieu de la beauté et pas forcément de la performance, de la pensée et pas toujours de la rentabilité… »

Citation tirée de l’article de L’Express

Des cinéastes accompagnent ce mouvement, comme Christophe Honoré avec La Belle Personne ou Régis Sauder et son documentaire Nous, princesses de Clèves.

-Les tyrans à l’élyséee (c’est Kadhafi, Denis Sassou Nguesso, Ben Ali, el-Assad et Hosni Moubarak ) que nous avons aperçus à l’Élysée dès mai 2007.

-La chute du Mur de Berlin. Oui, Nicolas Sarkozy aurait participé à ce grand moment d’histoire et de libération pour le peuple allemand en assénant lui aussi des coups au Mur. Enfin… ça, c’est ce qu’il dit, mais les journalistes semblent avoir quelques doutes

-Le “casse toi pov’ con”à un homme qui refuse de lui serrer la main au salon de l’agriculture de 2008.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=Eau5_Gi3icQ]
-De (nombreuses, très nombreuses) affaires judiciaires

-Des réformes controversées (qui mériteraient un article à elles toutes seules. Restons allusifs)


La(es) défaite(s)

Une première lors des élection présidentielle de 2012 contre François Hollande qui l’emporte avec 51,64% des voix, bénéficiant d’un fort vote anti-sarkozy. Puis la défaite de nouveau en 2016 lors des primaires de son parti (Les Républicains). Certains parlent encore d’un vote anti-sarkozy.

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La retraite ?

Après sa défaite au primaire de la droite (Les Républicains) en novembre 2017, Nicolas Sarkozy a annoncé sa retraite de la politique :

« Il est temps pour moi d’aborder une vie avec plus de passion privée et moins de passion publique »

Nicolas Sarkozy lors de sa déclaration à La Mutualité

On a comme une impression de déjà vu… (2012, lors de sa défaite contre François Hollande) …

Jean-Jacques Bourdin, répétant sa question : «Vous arrêtez la politique… Si vous perdez le 6 mai, le 7 mai, vous abandonnez la politique ?»

Nicolas Sarkozy : «Vous pouvez me poser la question une troisième fois, je vous le dis: oui. Je ferais autre chose, quoi, je ne sais pas»

Un peu à l’instar de Charles de Gaulle d’ailleurs -que Nicolas Sarkozy aime bien évoquer- et qui avait annoncé qu’il se retirait de la vie politique en 1946 et revenait en mai 1958…

Espérons donc que Nicolas Sarkozy tienne sa promesse cette fois et ne revienne pas. Ou revienne… Très changé : prêt à incarner sa fonction présidentielle, sans outrager les électeurs : sans gros mots, prêt à engager de vrais dialogues aves les classes populaires, avec les fonctionnaires. Sans attaquer le patrimoine littéraire français (La Princesse de Clèves), en nous épargnant ses nombreuses invitations faites à des tyrans notoires -le “colonel” (ou tyran) libyen Kadhafi ou le (très brutal) président Bachar Al-Assad…-. En mettant fin à sa complicité troublante avec des hommes d’affaires peu recommandables ou en sortant blanchi de ses nombreuses affaires judiciaires, qui n’ont sans doute pas manqué d’attiser la méfiance de beaucoup de Français à son encontre (et des politiciens, peut-être, en général).

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Alors au revoir monsieur Sarkozy ?

C’était Elsa. T,

cherchant à trouver la voie du succès dont parle ce fameux Benjamin Disraeli. Je vous quitte donc sur ces mots :

Vive la République et vive la France !

2 thoughts on “Portrait politique #1 : Nicolas Sarkozy “Travailler plus pour gagner plus”

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